Originaire de Guinée, Yaya raconte son périple pour arriver en France : "J’avais 14 ans"

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Après un dangereux périple pour arriver en France quand il avait 14 ans, Yaya a été placé en foyer et a fait un stage d’apprentissage en boulangerie. Sur "La Libre antenne" d’Europe 1, Yaya explique qu’il aimerait continuer à travailler, mais ne peut pas de signer de contrat parce qu’il n’a pas de papiers.
TÉMOIGNAGE

Originaire de Guinée, Yaya a été contraint de quitter son pays quand il avait 14 ans, pour des raisons familiales. Au micro de "La Libre antenne" sur Europe 1, il raconte son périple jusqu’en Libye et la traversée de la Méditerranée dans un zodiac qui a fait naufrage. Arrivé finalement en France, Yaya a été placé dans un foyer. Il a pu faire un stage d’apprentissage en boulangerie et s’est lié avec sa patronne, Patricia. Cette dernière avait également appelé "La Libre antenne" pour raconter l’histoire de Yaya et leurs démarches compliquées pour qu’il puisse continuer à travailler à la boulangerie.

"À 14 ans, j’étais en Guinée avec ma famille. Ce n’est pas moi qui ai décidé de partir, c'est le contexte qui m'a poussé à partir. Les migrants ne partent pas parce qu’ils veulent partir, mais parce qu’ils sont obligés. J’ai été obligé de partir pour sauver ma vie. Quelque chose qui était entre ma famille et moi est devenu un complot de la communauté contre moi. Je ne pouvais pas rester, il fallait que je parte. Étant très jeune, j’avais 14 ans à l’époque, je n’avais pas de solution. C’est ma tante qui a organisé le voyage et je suis arrivé au Mali.

" J’ai été amené dans une soi-disant prison "

Au départ, je n’avais pas pour ambition de venir en France. Quand je suis arrivé au Mali, je suis resté quelques mois avec celui qui m’a accueilli. Il voulait soit qu’on continue le voyage, soit me faire retourner en Guinée. Il m'a dit qu'il fallait que je fasse un choix. Connaissant la situation dans mon pays, j’ai préféré le suivre. Il me disait qu’on allait en Algérie. Il ne m’a pas dit la vérité. Quand nous sommes arrivés en Libye, il m’a avoué que son objectif, c'était d’aller en Italie.

J’avais peur, mais je ne pouvais pas faire demi-tour. Il m’a dit qu'il avait tout organisé et payé avant le départ du Mali. Mais tout ne s’est pas passé comme il le voulait. Entre deux villages de Libye, on a été arrêtés par des militaires. Ils nous ont séparés et je ne l’ai plus revu. Moi, j’ai été amené dans une soi-disant prison. Ce n’était pas une vraie prison, c’était un endroit où ils gardent les gens pour demander des rançons. J’y suis resté trois mois et ils ont compris que je n’avais pas d’argent. 

" Ils nous ont mis à 120 dans un zodiac "

Avec d’autres gens, ils nous ont amenés ailleurs pour qu’on travaille. Je travaillais pour un entrepreneur, il fallait qu’on fabrique des briques en ciment. J’étais content d’être là, parce qu’il me traitait en tant qu’humain. Il m’a dit qu’il pouvait m’aider à traverser et aller en Italie, mais qu’il fallait que je travaille encore un mois chez lui. J’ai travaillé presque deux mois, parce qu’à chaque fois il me disait que la mer était agitée. C’était une manière de me tromper. 

Un jour, il m’a emmené au bord de la mer. J’étais étonné quand j’ai vu toute cette foule qui était là, à attendre pour traverser. On a passé la nuit sans manger, parce qu’il fallait perdre du poids pour qu’ils puissent mettre un maximum de personnes dans le zodiac. Le lendemain, à 23 heures, ils nous ont mis à 120 dans un zodiac. On est partis. Je pleurais, je vomissais. C'était la peur jusqu’au lendemain vers 10 heures, on a été sauvés. Le zodiac a été percé et la plupart des gens étaient tombés à l’eau.

" Quelqu'un m'a conseillé de partir en France "

Quand nous sommes arrivés en Italie, on mettait les majeurs et les mineurs dans le même camp. Il n'y avait pas de différence. Quelqu'un m'a conseillé de partir en France, parce qu’on s’occupait mieux des mineurs là-bas. Je suis arrivé en France par Grenoble. C’était en avril 2017. Je suis resté à Grenoble jusqu’en juillet. On m’a ensuite transféré dans le département de l’Ain. Mes amis et moi sommes restés dans un hôtel pendant trois mois. Après trois mois, en octobre, on nous a placés dans un foyer jusqu’en décembre.

En décembre, j’ai eu la chance d’être pris dans un lycée où je devais commencer une alternance au mois de janvier. On devait passer deux semaines à l’école et deux semaines en stage. Il fallait que je trouve un patron pour faire mon stage. Une dame qui aide beaucoup de migrants, m’a aidé à trouver Patricia. Patricia est une paysanne-boulangère. Elle a signé ma convention et c’est comme ça que la relation entre Patricia et moi a commencé. Je n’avais jamais fait de boulangerie. Les gens qui m’ont vu travailler lors de mon stage, étaient satisfaits.

Quand on arrive en étant mineur, on a la possibilité de signer des contrats. Mais quand on n’est plus mineur, il faut des papiers. Quand j’étais mineur, j’avais la possibilité de signer un contrat avant ma majorité. Patricia m’avait assuré que je pouvais signer un contrat d’apprentissage chez elle. C’était en 2018. Je suis allé voir les personnes qui m’accompagnaient à l’époque, qui m’ont expliqué que c’était trop tôt. Je suis resté dans l'attente. Malheureusement, on ne m’a pas permis de signer le contrat avant ma majorité.

Entendu sur europe1 :
Je leur demande non seulement de m’aider, mais aussi d’aider Patricia

On a envoyé un dossier à la préfecture, pour que je puisse me libérer de ce chagrin qui ronge mon esprit. C’est entre les mains de la préfecture de département de l'Ain. Je leur demande non seulement de m’aider, mais aussi d’aider Patricia. Elle trouve difficilement des apprentis, parce qu’elle est à la campagne. Moi, ça ne me dérange pas. Au contraire, ça me fait plaisir de rester là-bas toute la semaine. Quand je suis arrivé au foyer, j’aurais pu rester là, manger et dormir. Mais j’ai préféré partir pour travailler. Je ne pouvais pas rien faire."

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin