"On ne croit pas ce qu’ils disent" : à Rouen, les riverains de l’usine Lubrizol restent inquiets

, modifié à
  • A
  • A
1:38
© LOU BENOIST / AFP
Partagez sur :
Malgré les paroles rassurantes des autorités, les habitants, incommodés par les retombées de l’incendie, jeudi dernier, de l’usine classée Seveso située à Rouen, ne désarment pas. Et la tension monte.
REPORTAGE

Édouard Philippe avait fait le déplacement à Rouen lundi avec un message à marteler : oui, les odeurs provoquées par l'incendie de l'usine Lubrizol, jeudi dernier, sont "gênantes", mais non, elle ne sont "pas nocives". Présent devant le site de l’usine, le Premier ministre a également réaffirmé sa volonté d'"absolue transparence" sur les causes et les conséquences de l'accident. Mais ces sorties gouvernementales ne rassurent pas vraiment la population. Au moment où Edouard Philippe faisait son point presse, plus de 500 personnes ont tenté d’investir le hangar H20 où se le préfet de Seine-Maritime tenait une réunion pour répondre aux questions des élus de la Métropole.

"On a été sous la fumée, on sait que ça craint"

"On veut la vérité, on veut la vérité", scandaient les manifestants, selon des images qui tournent sur les réseaux sociaux depuis lundi soir. Leur but : parler au préfet pour avoir enfin des informations claires sur la qualité de l’air. "On a des informations mais qui sont les mêmes qu’au premier jour, c’est-à-dire que la population ne risque rien, que tout va bien dans le meilleur des mondes", dénonce ainsi Marine, interrogée par Europe 1. "Sauf que nous, c’est pas notre monde tout à fait. Du coup on croit pas du tout ce qu’ils disent.  On a respiré ce qui s’est échappé de Lubrizol, on a été sous la fumée, on sait que ça craint."

Même son de cloche du côté d’Olivier, accompagné de son fils de quatre ans, qui repart sans les réponses qu’il était venu chercher. "Je ne fais pas trop confiance à ce qu’ils nous racontent", explique le jeune parent, qui porte, comme son petit garçon, un masque chirurgical depuis jeudi dernier. "Il vaut mieux être protégé que respirer un air dont on ne connaît pas les conséquences."

"On a des symptômes, souvent les yeux qui piquent, la gorge qui gratte, on tousse…"

Pour Amandine, le gouvernement minimise forcément la portée de l’incendie. "On sait que sans une usine est classée Seveso, ce n’est pas pour rien. On sait que c’est grave, qu’on peut avoir des dangers potentiels", témoigne l’étudiante. "Il y a des gens qui ont retrouvé de la suie dans leur robinet, On a des symptômes, souvent les yeux qui piquent, la gorge qui gratte, on tousse. On sait pertinemment que c’est dû à ça.  Et qu’à un moment ou un autre, il y aura des répercussions, forcément. "

Et les habitants de Rouen n’entendent relâcher la pression pour obtenir des informations. Plusieurs syndicats, associations et ONG appellent d’ailleurs à manifester mardi devant le palais de justice.

Europe 1
Par Johana Chabas et Victor Dhollande, édité par R.D