"Naïf" ou manipulateur ? Le procès de Claude Chossat, le "repenti" corse autoproclamé, s'est ouvert lundi

, modifié à
  • A
  • A
Le procès de Claude Chossat s'est ouvert lundi. 1:43
Le procès de Claude Chossat s'est ouvert lundi. © GERARD JULIEN / AFP
Partagez sur :
Claude Chossat, 42 ans, est accusé d'assassinat en bande organisée et d'association de malfaiteurs. Il aurait abattu Richard Casanova en 2008, sur le parking d'une concession Volkswagen de Porto-Vecchio, en Corse-du-Sud, ce qu'il a toujours nié. 
DANS LA SALLE D'AUDIENCE

"Naïf et influençable" ou "manipulateur"? Au premier jour du procès de Claude Chossat, "repenti" autoproclamé et ex-homme de main de Francis Mariani dans le gang corse de la Brise de Mer, les intervenants ont brossé deux portraits contradictoires de l'accusé, lundi, à Aix-en-Provence.

Les débats ont débuté sur une touche d'humour, le président de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, Jean-Luc Tournier, soulignant "l'épidémie" de certificats médicaux constatée "actuellement en Corse". Une référence aux multiples absences "pour raisons médicales" parmi les 29 témoins de l'accusation. Puis a débuté l'analyse de la personnalité de l'accusé.

"Francis Mariani est visiblement le héros que son père n'a pas été"

"À la recherche d'un modèle identificatoire", Claude Chossat se serait attaché à Francis Mariani comme à un père, explique Élisabeth Roux, psychologue, en duplex-vidéo depuis Bastia : "Monsieur Francis Mariani est visiblement le héros que son père n'a pas été". "Claude Chossat avait besoin d'un objet d'amour auquel se fixer, jusqu'au contact physique", renchérit Michel Delaburte, autre psychologue, à la barre, en décryptant la relation entre Francis Mariani et son chauffeur au sein du gang.

Sur le banc des accusés, Claude Chossat, 42 ans, chemise et veste noire, fines lunettes et barbe soigneusement taillée, ne réagit pas. Accusé d'assassinat en bande organisée et d'association de malfaiteurs, c'est lui qui aurait abattu Richard Casanova, alias "Charles" ou "le menteur", le 23 avril 2008, sur le parking d'une concession Volkswagen de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud).

Si son ADN a été retrouvé sur le pas de tir ayant servi au meurtre, Claude Chossat a toujours nié être le tueur. C'est Francis Mariani qui a tiré, a-t-il toujours accusé. Fondateurs de la Brise de Mer dans les années 1970, Casanova et Mariani seraient passés de l'amitié à la haine. Francis Mariani soupçonnait même Casanova d'avoir tenté de le faire assassiner. Mais Francis Mariani n'est plus là pour répondre. Il a perdu la vie en janvier 2009 dans l'explosion du hangar où il se trouvait, en pleine cavale.

Les parties civiles dénoncent "un manipulateur"

Du côté des parties civiles, la famille de la victime est bien présente lundi après-midi à l'ouverture du procès : François Casanova, 89 ans, son père, Nicole, sa sœur, et Sandra Germani, son ex-concubine. Et leurs avocats refusent ce portrait de Chossat, celui d'un homme faible, relégué aux tâches subalternes.

Relisant certains passages du rapport d'Élisabeth Roux, Me Pierre Bruno souligne ainsi que si l'accusé se présentait "comme quelqu'un de naïf, d'influençable", il avait aussi "un niveau intellectuel au-dessus de la moyenne", en ayant "la sagesse de ne pas en faire étalage". "Moi, j'appelle ça un manipulateur", assène l'avocat. "Il a dit qu'on l'avait séquestré, qu'on avait tenté de le tuer. Il est en liberté depuis des années et il ne lui est rien arrivé", a-t-il aussi expliqué au micro d'Europe 1. "Tout ce qu'il veut, c'est influencer les jurés", "c'est du grand n'importe quoi". 

Pour les parties civiles, le but est affiché : effacer cette image de "repenti" que Claude Chossat revendique depuis son arrestation en 2009. "Ce statut de repenti, on n'y a pas droit quand on est impliqué dans des meurtres de sang. Ici, Claude Chossat est accusé", avait tonné Me Bruno avant l'ouverture des débats, devant les caméras et les micros des journalistes. Ce statut, "il faudra le faire évoluer si on veut mettre fin à l'omerta", rétorque à quelques mètres à peine Me Edouard Martial, défenseur de Claude Chossat. "L'envoyer en prison, ce serait l'envoyer se faire tuer", déclare de son côté Sandrine Chossat, l'épouse de l'accusé, affirmant vivre dans une peur permanente, avec "toujours un sac prêt pour partir".