Laurent Valogne, de son pseudonyme, est enseignant et co-auteur du livre Ces petits renoncement qui tuent, aux éditions Plon. 5:32
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Laura Laplaud , modifié à
Laurent Valogne, de son pseudonyme, est enseignant et co-auteur du livre Ces petits renoncements qui tuent, aux éditions Plon. Invité d'Europe Matin jeudi, il témoigne de son quotidien de professeur de lettres, passionné par sa mission depuis 30 ans. Mais il souhaite aussi briser "la loi du silence imposée par l'Éducation nationale face à la montée de l'islamisme à l'école". 

C'est un cri d'alarme d'un professeur contraint à l'anonymat. Laurent Valogne, de son pseudonyme, est enseignant et co-auteur du livre Ces petits renoncements qui tuent, aux éditions Plon. Un texte dans lequel il témoigne de son quotidien auprès de la journaliste Carine Azzopardi. Il était l'invité d'Europe Matin jeudi.

"Samuel Paty, ça aurait pu être moi"

Mais depuis quelque temps, Laurent Valogne, professeur dans une banlieue dite "difficile" de la région parisienne, voit "le fanatisme islamiste prospérer et s'enraciner dans l'école française", comme le souligne Sonia Mabrouk sur Europe 1. À la page 23 de son livre, il affirme même : "Samuel Paty, ça aurait pu être moi." "N'importe qui, aujourd'hui, pourrait terminer en faits divers tragique comme celui-là", précise-t-il sur Europe 1. "J'ose croire que les instances ont pris conscience de la gravité, je pense que c'est un tournant, il y aura un avant et un après."

Les scènes qui restent en mémoire...

Laurent Valogne raconte son quotidien de professeur de lettres, passionné par son métier et aussi ces scènes qui restent en mémoire. Quelques jours après l'assassinat de Samuel Paty, il disserte sur l'art de la caricature et tente d'expliquer une tradition française. Vient alors un silence assourdissant et une remarque d'un élève : "Samuel Paty ne méritait pas la mort... Mais il ne faut pas se moquer du prophète". "Ce sont des jeunes en construction, il faut être patient, expliquer ce qu'est le registre de la satire, ce qu'est la caricature, il faut faire un cours en fait", explique-t-il.

Il y a aussi la contestation des cours, quand il soumet un pamphlet de Voltaire, quand il projette la gravure de Charles Nicolas Cochin, représentant au sommet la vérité. Un élève rétorque : "Non c'est Dieu, Dieu est au-dessus de tout". "C'est pour ça que je formule les choses en termes de désécularisation, c'est un problème de valeurs, tout simplement", observe le professeur.

"Je suis très heureux dans ma salle de classe"

Des moments éprouvants qui ne découragent pas l'enseignant en activité depuis 30 ans. "On entend souvent ce genre de remarque, on est rodé, on sait ce qu'il faut répondre." Si Laurent Valogne sait répondre à ses élèves, il reconnaît que tous ses collègues ne sont pas dans la même situation. "Il y a certainement un déficit de formation. Monsieur Blanquer a mis en place un plan de formation qui doit se déployer sur tout le territoire sur la laïcité et les valeurs de la République", note-t-il.

"Je fais le plus beau métier du monde, je suis très heureux dans ma salle de classe, quand je vois qu'il y a des étincelles qui s'allument, c'est un vrai bonheur, on se dit qu'on a réussi son coup", conclut-il.