Michèle, 82 ans, vit sa vieillesse sans pression : "Moi aussi je vais mourir, et alors ?"

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Sereine, joyeuse et pas du tout nostalgique du temps qui passe, Michèle savoure une vieillesse apaisée, loin des tourments. Elle raconte son expérience au micro d'Eve Roger, sur Europe 1.
VOS EXPÉRIENCES DE VIE

À 82 ans "selon l'état civil", Michèle est une femme "très heureuse" : elle a encore un travail, aime toujours plaire et ne déprime jamais longtemps sur le temps qui passe ou les amis qui disparaissent. Au micro Europe 1 d'Eve Roger, l'octogénaire corse révèle ses secrets pour concilier vieillesse et bonheur, sans pression aucune. 

"L'état civil me donne 82 ans. Dans ma tête, j'ai certains jours 20 ans, d'autres 40 ans et d'autres 100 ans, mais ça ne dure pas longtemps. Plein de choses me rendent heureuse à 82 ans : l'amitié, l'amour, les rencontres, se lever le matin et n'avoir mal nulle part, ou presque.

Elle travaille toujours dans un bloc opératoire

Je tiens beaucoup à mon travail. Je travaille dans un bloc opératoire mais je ne fais qu'une chose : je mesure l'activité cérébrale pendant les interventions. D'abord parce que j'aime ça, ensuite parce qu'on ne m'a chassée et puis parce que je rencontre des gens jeunes et une exigence. On apprend plein de choses dans un bloc opératoire. Je travaille très tôt le matin et très tard le soir. Je crois que j'ai la santé.

Ce qui me rend heureuse, c'est de me lever le matin, de partir, de voir l'aube se lever sur la N86, d'arriver au bloc opératoire, dire bonjour et entendre les gens dire bonjour avec beaucoup de joie et d'entrain. On est tous à notre poste et on essaye d'avoir une efficacité absolue, parce qu'on aimerait bien que la personne qui est là, qui a moins de chances que nous, se réveille et aille bien. Mes jeunes collègues me donnent des conseils et je leur en donne. Elles m'aident dans certaines tâches informatiques, je pense que c'est un échange. La vie, c'est ça : des échanges au niveau du corps, nutritionnels, au niveau de l'âme, de l'esprit. On a besoin de ces échanges vitaux.

J'ai d'abord été aimée par mes parents, et puis j'ai aimé ma famille et puis mon mari, qui ne m'a plus aimée, ça peut arriver. Tout d'un coup, je ne correspondais plus à ce qu'il attendait. Dans le miroir, il ne voyait plus une jeune femme, mais quelqu'un qui vieillissait parce que ça lui donnait aussi l'impression de vieillir lui-même. Nous nous sommes quittés, pas trop en bons termes. J'avais 58 ans.

" Les amis des petits-enfants, ils aiment être amis avec moi, je crois, parce qu'ils reviennent, mais ce n'est pas seulement parce que je cuisine bien ! "

Deux années après, j'ai rencontré un autre amour, plus grand, plus mûr, plus extraordinaire. Il était fait d'admiration, de complicité, de joie, de bonté et de bienveillance. Ça s'est hélas terminé. Mais son départ (sa mort, ndlr) n'est pas définitif. Il est toujours là, il cligne des yeux, il rit, ses bons mots nous traversent. Quand vous trouvez un trésor et que vous avez tellement à fouiller pour découvrir plein de choses, vous croyez que ça vous fait de la peine ? Pas du tout ! C'est une joie quotidienne, permanente.

J'aime encore séduire les hommes, bien sûr ! C'est pour ça que je me lève, que je me douche et que je m'habille. Parfois, je me farde pour tromper un peu, mais le leurre s'envole très vite et on voit ce qu'il y a sous la couche de maquillage. J'aime bien plaire à d'autres, à des hommes, à des femmes, à des enfants, à des bébés… On rencontre des hommes partout, à la sortie des cinémas, on peut parler de quelque chose qui nous a plu, un homme retient son regard et on partage. Il y a beaucoup d'hommes dans la rue, non ?

Je préfère les amis jeunes parce que je ne me sens pas du tout âgée, je me sens mieux avec eux. Il y a aussi des amis âgés, mais on partage d'autres choses, une vraie complicité, on peut tout se dire. On s'entend, on s'appelle, on s'aime. Les plus jeunes, ce sont les petits-enfants, les amis des petits-enfants, ils aiment être amis avec moi, je crois, parce qu'ils reviennent, mais ce n'est pas seulement parce que je cuisine bien !

Le changement du corps… C'est vrai que c'est plus difficile de se regarder dans la glace. Alors je me regarde moins ! Je ne mets plus du bikini, je mets un une-pièce. Je n'en mets pas souvent, je n'aime pas trop me baigner. Je préfère aller au musée, ça ne se voit pas. 

Je n'ai pas eu recours à la chirurgie esthétique. Je n'en ai jamais eu besoin. Il aurait fallu ? Je me trouve… pas mal. En tout cas on me le dit, alors je le crois. On me dit que je suis belle, joyeuse, généreuse, bienveillante, gentille… Ça me va. Mes amis m'aiment telle que je suis. Personne ne m'a jamais fait de remarques concernant mon allure.

Un peu de musique et le blues disparaît

La perte de proches n'a pas tellement d'influence sur mon moral, parce qu'ils nous ont laissé tellement de choses : leur amour, tout ces trésors inépuisables de joie, des conversations… Les conversations ressuscitent au milieu des repas, comme des clins d’œil, on reprend un mot d'esprit, une drôlerie, c'est tellement vivant. Pourquoi on serait tellement triste ? C'est aussi une façon de se préparer à mourir. Moi aussi je vais mourir, et alors, où est le problème ?

La chose qui a été le plus difficile, c'est la mort d'un neveu qui avait 30 ans. Il a regardé la mort en face, j'ai appris de lui beaucoup de choses, à la regarder aussi. J'ai parfois des coup de blues : quand je sors du bloc opératoire, ça faisait depuis 12 ou 13 heures que j'y étais, je monte dans ma voiture, j'ai 100 ans. Là, mais je mets la musique, j'écoute une émission où on raconte des choses qui me plaisent, ou on parle de culture. Je pense à tout ça, j'arrive chez moi et le blues, c'est fini !"