L'holacratie va-t-elle révolutionner le monde de l'entreprise ?

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En redonnant le pouvoir aux talents dans l'entreprise, les promoteurs de l'holacratie défendent une organisation du travail plus respectueuse des salariés. Un objectif réalisable ou une véritable utopie ?

CIRCUITS COURTS

Du pouvoir "sur", au pouvoir "avec". Tout le concept d'holacratie, lancé il y a dix ans aux États-Unis et dérivé de l'équivalent grec de "tout", réside dans ce changement. Sa promesse ? "Une nouvelle pratique sociale pour les organisations où celui qui fait est celui qui sait. Et puisqu'il sait, il va gouverner tous ceux qui imitent ce qu'il fait", résume Bernard-Marie Chiquet, directeur d'iGi Partners et "pape" de l'holacratie en France, dans Circuits courts avec Maxime Switek et Anne Le Gall, mercredi.

Un Constitution pour moins de cloisons. En clair, "on clarifie la raison d'être de l'entreprise et les tâches de celles-ci" avec une Constitution, ni plus ni moins. "On demande aux collaborateurs ce qu'ils font et on les regroupe ensuite dans des rôles et dans des cercles." Fini, donc, les collaborateurs dirigés par des managers dans une relation verticale.

Fabien Touquet a adopté cette méthode dans son magasin Mr. Bricolage à Auch, dans le Gers, il y a cinq mois. "Je cherchais la performance et la pérennité du site. On a tout décloisonné", explique-t-il alors qu'aucun salarié n'a selon lui claqué la porte de l'entreprise pour l'instant. Lui-même a accepté de diminuer de moitié le nombre de ses "rôles" au sein de la société, d'environ 60 à 30.

" J'ai l'impression que c'est mon bébé. Parfois, le soir, je n'arrive pas à dormir car je pense à ce que je vais faire dans mon rayon "

Davantage de clash dans l'entreprise ? D'autres salariés du magasin gersois ont endossé d'autres rôles, comme Mira, qui officiait aux caisses avant de devenir "entrepreneuse" du rayon jardin : "J'ai l'impression que c'est mon bébé. Parfois, le soir, je n'arrive pas à dormir car je pense à ce que je vais faire dans mon rayon." Des salariés à première vue plus motivés : "70% des collaborateurs sont dynamiques" et enthousiastes à l'égard de l'holacratie, estime Fabien Touquet. Mais ils sont aussi plus véhéments : "On a plus de clash, l'holacratie, c'est dire les choses !", défend Mira. Rien d'étonnant, selon Bernard-Marie Chiquet : "Beaucoup de salariés remettent en cause plein de choses, comme la rémunération ou la manière de licencier."

Phénomène largement minoritaire. Pour l'heure, le phénomène reste largement minoritaire, avec seulement une dizaine d'entreprises concernées en France. Ailleurs, l'expérience s'est parfois mal passée. Chez Zappos, un vendeur américain de chaussures en ligne qui s'est lancé dans ce mode d'entreprise il y a quatre ans, 14% des salariés sont partis après sa mise en place. "Ils ont essuyé les plâtres et ils continuent à expérimenter le système", veut croire Bernard-Marie Chiquet, persuadé que cette "nouvelle manière d'exercer le pouvoir" est amenée à perdurer.

Europe 1
Par Benjamin Peter, avec T.LM.