Le Vatican dément avoir couvert les abus sexuels de l'ex-cardinal McCarrick

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Le Vatican
Les conclusions du rapport s'efforcent de dédouaner le pape argentin élu en 2013. © TIZIANA FABI / AFP
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Le Vatican a rendu mardi un rapport de 450 pages, dans lequel il assure ne pas avoir protégé l'ex-cardinal McCarrick, auteur d'abus sexuels. Après ces accusations, l'ancien cardinal avait été défroqué par le pape François en février 2019, une première dans l'histoire de l'Eglise catholique.

Le Saint-Siège a démenti mardi avoir passé sous silence les agissements sexuels de l'ex-cardinal américain Théodore McCarrick, défroqué tardivement pour des abus sur mineur, admettant toutefois dans un rapport avoir commis des erreurs sur la foi d'informations inexactes et incomplètes. Dans les 450 pages du rapport, nourries par 90 entretiens et la consultation des archives ayant nécessité deux ans de travail, le Saint-Siège estime notamment que plusieurs évêques américains ont longtemps fourni des informations "inexactes et incomplètes" sur son "inconduite" sexuelle. Les conclusions, en dix pages, décevront tous ceux qui espéraient de fracassantes révélations sur un scandale d'omerta de la plus haute hiérarchie de l'Eglise, y compris de trois papes successifs. 

"Pas d'influence sur les décisions" du Saint-Siège

A propos de la brillante carrière de McCarrick, le numéro deux du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, souligne qu'aucune procédure décisionnelle de l'Eglise "n'est exempte d'erreur" car elle est tributaire des "omissions" lourdes de conséquences de ses membres. Les rumeurs sur ses invitations faites à des jeunes séminaristes et prêtres adultes à partager son lit, sorties dans les années 90, la mise en garde d'un cardinal rapportant des allégations d'abus d'un prêtre, n'auront pas empêché l'influent prélat d'être nommé fin 2000 archevêque de Washington et d'être créé cardinal dans la foulée, sacre d'une longue carrière décidé par le pape polonais Jean Paul II.

Après une enquête à Rome évoquant le risque d'un scandale, le vieux pape avait décidé de faire confiance à McCarrick qui clamait son innocence. L'ambitieux archevêque avait en effet envoyé une lettre à son secrétaire particulier, Stanislaw Dziwisz, dans laquelle il assurait n'avoir "jamais eu de relations sexuelles avec aucune personne, homme ou femme, jeune ou vieux, clerc ou laïc". L'enquête de Rome comprenait des informations rétrospectivement "incomplètes", débouchant sur des "sous-évaluations", résume Andrea Tornielli, directeur éditorial du "ministère" de la communication du Saint-Siège. Le talent de McCarrick à lever des fonds pour l'Eglise auprès de riches donateurs américains, ainsi que son habitude de faire des cadeaux, "n'ont jamais influencé les décisions significatives prises par le Saint-Siège à son égard", stipule le rapport.

L'image de l'Eglise entachée

Des accusations plus crédibles sur des abus sur des adultes surgissent ensuite en 2005. Le tout nouveau pape allemand Benoît XVI demande alors à l'archevêque de Washington de prendre sa retraite l'année suivante, à plus de 75 ans. En l'absence de victimes mineures, le Saint-Siège n'ouvre pas de procès. Le vieux cardinal McCarrick, déjà à la retraite, ne tombera de son piédestal qu'après une première plainte pour agressions sexuelles arrivée en 2017, déposée par un homme qui avait 16 ans au moment des faits à New York dans les années 70. Une enquête est alors lancée avec l'aval du pape François. Theodore McCarrick se verra retirer son titre de cardinal à l'été 2018, avant d'être défroqué début 2019, une sanction quasi-inédite.

A l'automne 2018, le pape François avait promis de livrer une enquête "approfondie" sur ce prélat influent qui fut évêque à New York, Metuchen et Newark (New Jersey). Depuis lors, les associations de défense des victimes d'abus sexuels par des prêtres n'avaient de cesse de réclamer ses conclusions. Celles-ci s'efforcent de dédouaner le pape argentin élu en 2013 : celui-ci a certes connaissance des allégations sur des "comportements immoraux avec des adultes", mais ne revient pas sur des décisions prises avant lui, qui n'étaient pas des "sanctions" mais de simples "recommandations" faites au cardinal de vivre discrètement.

Le rapport porte quoiqu'il en soit atteinte à l'image de l'Eglise, à travers les témoignages de nombreuses personnes qui ont eu des contacts physiques avec le prélat américain déchu, décrivant "des abus ou agressions sexuelles, des activités sexuelles non consenties, des contacts physiques intimes et le partage d'un lit sans contacts physiques".

Europe 1
Par Europe 1 avec AFP