L'affaire Paquita Parra : "il y a plusieurs personnes dans le viseur de l’enquête actuellement"

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Chez Christophe Hondelatte, retour sur un crime non élucidé, le meurtre de Paquita Parra, en décembre 1998. L'affaire a connu en juillet dernier un rebondissement inattendu.
HONDELATTE RACONTE

Un crime sans coupable, une famille sans réponses, depuis 20 ans maintenant. En décembre 1998, le corps de Paquita Parra est découvert carbonisé dans sa voiture. La justice et les autorités n'ont jamais pu trouver le coupable du crime. Chez Christophe Hondelatte lundi, retour sur cette affaire avec le frère de la victime, David Parra.

 

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La découverte du corps. Direction la vallée des Eaux Claires, près d’Angoulême, en 1998. Un lieu isolé, réputé pour être un bon spot d'escalade. Aux alentours de trois heures du matin, deux gendarmes en patrouille font une étrange découverte. En contrebas du ravin, une voiture calcinée est encore fumante. Les pompiers sont immédiatement appelés pour éteindre le feu, après quoi les gendarmes entament les première constatations. Ils sont face à une Fiat Uno rouge, dont la plaque est encore lisible. Visiblement, la voiture n'est pas accidentée. Mais surtout, sur le siège conducteur, les gendarmes découvrent un corps carbonisé. Grâce à la plaque d’immatriculation, les autorités remontent jusqu'au propriétaire de la voiture. Il s'agit d'une femme : Francesca Parra dite Paquita Parra. Les gendarmes essaient de la joindre. Pas de réponse. Ils arrivent à contacter le reste de sa famille pour les prévenir de leur découverte. Dès lors, même si rien n'est encore officiel, les autorités estiment que c’est Paquita qui est le corps dans la voiture.

L'étrange demande de Paquita Parra. Les Techniciens en Identification Criminelle (TIC) débutent alors leur travail de constatation. La voiture est garée, les portières ne sont pas verrouillées, le siège conducteur a été reculé au maximum et, plus bizarre, le pare-brise, intact, est déposé juste à côté de la voiture calcinée. Pour les techniciens et les gendarmes, pas de doute, il s'agit d'un meurtre. Le médecin légiste, lui, grâce aux prélèvements dentaires, vient bientôt confirmer les soupçons des gendarmes au sujet de l'identité du corps : il s'agit bien de Paquita Parra. Dans ses poumons, aucune trace de suie ou de fumée. Elle était donc morte lorsque la voiture a pris feu. C'est bel et bien un meurtre.

Dès lors, les autorités s’intéressent à la dernière journée de Paquita Parra. Ils refont son emploi du temps : travail, visite chez son frère, retour chez elle et puis... un rendez-vous à la gendarmerie. Elle voulait absolument parler à un gendarme, avec qui elle avait pourtant rendez-vous une semaine après, pour une histoire de chéquier volé, en août 1998. Mais elle a insisté. Elle voulait même être placée sur écoute, pour être "rassurée". Paquita Parra craignait-elle quelqu'un ? La faisait-on chanter ? Parallèlement aux investigations de la police, deux témoins se manifestent. L'un a vu Paquita Parra vivante, à 21h30, semblant attendre quelqu'un. L'autre a vu des flammes, vers 23h30, là où la voiture a brûlé. Paquita avait donc rendez-vous avec quelqu'un et elle est morte dans ce laps de temps.

La piste de l'ex-compagnon. C'est finalement du côté de la vie privée qu'une piste sérieuse va être établie. Paquita Parra avait une vie sentimentale agitée. Elle avait bien un collègue, qu'elle fréquentait depuis huit mois. Mais parallèlement à cette relation, elle avait un amant. Son ex. Un artiste peintre avec qui elle était restée pendant quatre ans. Onze mois avant son assassinat, ils ont rompu, mais en réalité, ils continuaient donc à se voir. Lors de la perquisition au domicile de l'ex de Paquita, on découvre des choses troublantes, notamment des tickets de caisse. Le jour du meurtre de Paquita Parra, il a acheté trois bidons d'essence et une paire de gants en latex. Placé en garde à vue, il donne un alibi : il a dîné avec un ami à lui dans un restaurant. Le patron de l'établissement en question confirme. Pour autant, après le repas, il aurait eu tout le temps de se rendre aux Eaux Claires pour tuer Paquita. Parallèlement à ces découvertes, une profileuse se penche sur le profil psychologique du suspect. Son verdict ? C'est un "psychopathe". Il est alors mis en examen et écroué.

Pour autant, les parents de l'ex-compagnon de Paquita engagent un détective privé qui prouve qu'après le restaurant, il est directement rentré chez lui voir un film. Il est même capable d'en décrire une scène. Quant à l'investigation de la profileuse, la défense balaie d'un revers de main son rapport. Comment peut-on établir que quelqu'un est un psychopathe sans même le rencontrer ? Le dossier d'accusation se vide petit à petit et après onze mois derrière les barreaux, l'artiste peintre est libéré, sa mise en examen annulée et la juge est même dessaisie de l’enquête pour "partialité". Un fait rare.

Un rebondissement inattendu. Et la suite de l'affaire ? Rien. Un long silence, pendant douze ans, qui mène à une ordonnance de non-lieu en octobre 2010. On referme le dossier. Le point final du meurtre de Paquita Parra ? Non. Car l'affaire a connu un rebondissement aussi inattendu qu'inespéré. En septembre 2017, une lycéenne, dans le cadre d'une sortie artistique, a découvert des objets personnels appartenant à Paquita Parra, à deux kilomètres de là où on avait retrouvé son corps. Un chéquier et des cartes de fidélité lui appartenant, conservés dans une boîte rose. "On retrouve des éléments signalés dans le PV de plainte pour vol de Paquita en août", souligne David Parra, le frère de la victime. Pendant neuf mois, la lycéenne a conservé les objets, sans se rendre compte de l'importance qu'ils avaient, jusqu'au jour où elle a tapé le nom apparaissant sur les différents éléments. Voyant qu'elle possédait les objets d'une femme assassinée, elle les a alors confiés à la police. "C'est ce qui a permis la réouverture de l'information judiciaire, le 18 juillet 2018", confie David Parra.

Au sujet des soupçons sur l'ex-compagnon de Paquita, David Parra affirme : "je pense qu’il est impliqué dans ce meurtre, directement ou indirectement, mais il n’est pas le seul. Je pense qu’ils sont plusieurs". Aujourd'hui, le frère de la victime compte sur le juge en charge de l'enquête, qui a rouvert l'affaire. "Le dossier a été passé au logiciel AnaCrim", précise également le frère de Paquitta. "Il y a plusieurs personnes dans le viseur de l’enquête actuellement. Des gens de ses relations proches à l'époque", détaille-t-il encore. 20 ans après la mort de Paquita Parra, plus que jamais, sa famille espère découvrir la vérité sur sa mort.

>> Retrouvez ci-dessous, l'intégrale d'Hondelatte Raconte sur l'affaire Paquita Parra : 

Europe 1
Par Guillaume Perrodeau