Joseph, 18 ans, mort d’une overdose de médicaments : "les médecins n'ont pas pris conscience des effets secondaires"

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Chez Christophe Hondelatte, Juliette Boudre, la mère de Joseph, évoque la descente aux enfers de son fils, mort d'un cocktail fatal de benzodiazépines et d'opiacés.
HONDELATTE RACONTE

Joseph Boudre est mort le 29 décembre 2016. Sa grand-mère paternelle l'a retrouvé dans son lit alors qu'il ne respirait plus. Une fois à l'hôpital, le verdict tombe : les organes de Joseph s'arrêtent les uns après les autres, il n'y a rien à faire. La cause ? Une overdose de médicaments : un cocktail de benzodiazépines et d'opiacés. Chez Christophe Hondelatte mardi, sa mère, Juliette Boudre, évoque les deux années qui ont précédé cette mort tragique.

Tout commence presque innocemment. Joseph a 16 ans, il est en pension en Angleterre. Il a parfois des insomnies qui l'empêche de dormir et est un peu angoissé. Un jour, le directeur de sa pension lui donne un Xanax, un anxiolytique de la famille des benzodiazépines. Après ça, Joseph s'est senti mieux. Alors, quand il rentre en France chez sa mère et que les insomnies et ses angoisses font leur retour, Joseph veut un rendez-vous chez le médecin. Un généraliste l'envoie chez un psychiatre, qui lui prescrit des anxiolytiques. Mais rapidement, Joseph en prend plus que prévu, à l'insu de sa mère.

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"Ils ne savent pas comment soigner". Aujourd'hui, avec du recul, Juliette Boudre ne comprend pas que la seule réponse que les médecins aient à donner face à un adolescent anxieux soit la prise de produits chimiques. "Je suis contactée par pas mal de psychiatres qui m'écrivent et me disent qu'il y a certainement d'autres choses à faire", explique Juliette Boudre au micro d'Europe 1. "Il y a une mauvaise pratique et une mauvaise formation au départ. Quand les benzodiazépines sont arrivés sur le marché, après les barbituriques, c'était le médicament miracle. Les médecins n'ont pas pris conscience des effets secondaires et de l'addiction que cela pouvait provoquer."

Du côté du psychiatre, à l'époque, on minimise la chose. "Vous savez madame, il est plus dangereux de ne pas dormir que de prendre des médicaments", lui affirme-t-on lorsqu'elle s'inquiète de la situation. Juliette Boudre décide alors de réduire elle-même les doses. Lorsque Joseph part pour son dernier trimestre en Angleterre, elle le pense sevré. Mais en réalité, son fils continue d'en prendre en cachette, derrière son dos. Dans une vidéo sur Snapchat, dont elle a connaissance, sur la route vers l’Angleterre, il apparaît même complètement défoncé, enchaînant les pétards et les verres de whisky. Alors que les anxiolytiques devaient l'aider à dormir, Joseph est en fait devenu accro à ces médicaments. "Il aimait l’effet planant, il aimait l’état dans lequel ça le mettait", décrit la mère de Joseph. Elle décide alors de le faire hospitaliser.

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Juliette Boudre et Christophe Hondelatte © Europe 1

"On devient très vite accro car la molécule est très puissante". Suivront plusieurs cures. D'abord en Angleterre, mais Joseph souhaite partir au bout de quelques jours. Puis en France, mais aussi en Espagne. Là, dans une clinique à côté de Barcelone, c'est terrible puisque les médecins espagnols le confondent avec un autre patient et lui prescrivent de l'OxyContin, un analgésique à base d'opium extra-puissant. Retour immédiat à Paris pour une thérapie familiale. Les choses s’arrangent. Joseph reprend le sport, il a un même un petit boulot. Huit mois qu’il est complètement sevré. Il a 18 ans et repart à Londres pour reprendre ses études.

Mais au mois de décembre, il rechute. Même s’il jure que non, sa mère ne le croit pas. Le 26 décembre au matin, il est à Cannes chez sa grand-mère. Il ne doit pas sortir, mais la nuit, Joseph fait le mur et trouve un dealer à la fête foraine de la ville. Il croit acheter de la morphine, mais on lui refourgue du Fantanyl, un opiacé 100 fois plus fort. "C’est un antidouleur extrêmement fort qui est utilisé normalement en fin de vie, dans les cas les plus graves. (...) On devient très vite accro car la molécule est très puissante", souligne Juliette Boudre.

Prince, Michael Jackson, le rappeur américain Lil Peep ou encore la chanteuse des Cranberries, Dolores O’Riordan, sont tous morts d'une overdose de Fantanyl. Ce médicament pose d'ailleurs un véritable problème sanitaire aux Etats-Unis, où il tue bien plus que l'héroïne. 

Le 28 décembre, il attend que sa grand-mère s’endorme. Joseph s’installe dans le salon et avale plusieurs cachets de Fantanyl et de benzodiazépines. Un cocktail mortel, dont il ne se relèvera pas. "J'ai traversé une période de culpabilité, qui m'habitera à tout jamais. C'est pour ça que j'ai envie de faire de la prévention, d'alerter, de faire des conférences", confie Juliette Boudre. "Il a dû se sentir très seul avec ses démons. Je me dis qu'il a dû passer des heures à réfléchir à tout ça, sans pouvoir vraiment l'exprimer et tirer une sonnette d'alarme très franche."

Europe 1
Par Guillaume Perrodeau