Un poilu identifié grâce à son ADN va pouvoir être enterré mercredi

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Le sergent Claude Fournier va être enterré mercredi là où il est "mort à l'ennemi" il y a 102 ans, à Douaumont, en présence de son petit-fils, âgé de 75 ans. Le résultat d'une enquête hors norme.

Le soldat inconnu ne l’est plus. Mercredi, dans la Meuse, un "poilu" de la bataille de Verdun va être inhumé, plus d'un siècle après sa mort. Alors qu'il aurait pu rejoindre les 130.000 soldats anonymes de la nécropole nationale de Douaumont, il sera enterré dans une sépulture à part. Car le militaire a été identifié grâce à son ADN. Mardi soir, veille de la cérémonie, en présence du petit-fils du soldat, s'est déroulée la première étape de la cérémonie avec la mise en bière des restes du sergent Claude Fournier.

"Ma mère ne l'a pas connu". Le cercueil est recouvert d'un drapeau français. Le petit-fils de Claude Fournier s'en est approché doucement pour y déposer les restes de son aïeul, sergent du 134ème régiment d'infanterie "mort à l'ennemi". C'est l'ADN qui a permis de découvrir ce lien de descendance. "Quand on voit les restes de mon grand-père, je me dis que, finalement, si je suis là, c'est grâce à lui", explique, ému, Robert Allard au micro d'Europe 1. Mais il pense aussi "à sa mère" : "elle n'avait pas connu son père, elle était trop petite, elle avait 4 ans quand il est parti (à la guerre, ndlr) et ce qui l'a chagriné le plus, c'était de ne pas savoir où il avait été tué et de pas l'avoir retrouvé". 

Un coup de pelleteuse... et trois squelettes. Cette inhumation est le résultat d'un heureux coup du hasard survenu le 6 mai 2015. Ce jour-là, un coup de pelleteuse, lors de travaux au mémorial de Verdun à Fleury-devant-Douaumont, fait remonter à la lumière du jour les dépouilles de trois soldats. Avec ces restes sont aussi retrouvés leurs godillots cloutés, leurs baïonnettes, leurs casques et même une fiole de Ricqlès qui exhale encore une odeur de menthe. A 200 mètres de cette première trouvaille, dans un tas de terre évacuée du chantier, une plaque d'identité militaire est découverte : celle de Claude Fournier, incorporé dans l'armée en 1900.

Un jardinier mort à Douaumont à 35 ans. Le reste de l'enquête, c'est Bruno Frémont, médecin légiste à Verdun, qui l'a mené en grande partie. "Les trois squelettes étaient enchevêtrés et rien ne nous prouvait que la plaque était rattachée à un de ces trois soldats", rapporte-t-il. Une recherche menée aux archives permet dans un premier temps d'en apprendre plus sur le "poilu" propriétaire de la plaque. Claude Fournier, né le 27 novembre 1880 à Colombier-en-Brionnais dans la Saône-en-Loire, jardinier de profession, a été tué au front le 4 août 1916 devant Douaumont à l'âge de 35 ans. A deux reprises, il avait fait acte de bravoure et avait même été décoré. Les données morphologiques précisées sur sa fiche matricule semblent correspondre avec un des trois squelettes retrouvés.

"Une preuve scientifique". Le maire de Colombier-en-Brionnais prend le relais. En apprenant par un article de presse que le corps d'un enfant du pays a peut-être été découvert, il part à la recherche de sa descendance... et retrouve Robert Allard. Des analyses génétiques, autorisées par le ministère de la Défense, confirment le lien de parenté entre lui et le soldat. Aujourd'hui, "on a la preuve formelle, on a la preuve scientifique" qu'un des trois corps est donc bien celui de Claude Fournier. C'est la toute première fois qu'en France, un soldat de la Première guerre mondiale est identifié grâce à la génétique. 80.000 corps reposent encore sous terre à Douaumont, dans l'anonymat.

Grâce à l'ADN, un soldat français de la Première guerre mondiale a été identifié