Faut-il avoir peur de l’intelligence artificielle ?

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© LIONEL BONAVENTURE / AFP
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Menace pour notre liberté ou chance pour notre économie ? L’intelligence artificielle est au cœur des débats lors de notre Forum Europe 1 organisé au Bataclan.

L’intelligence artificielle (IA) souffre-t-elle d’une mauvaise image dans l'Hexagone ? "On vit en France une vraie schizophrénie sur ce sujet", estime Eric Hazan, directeur associé chez McKinsey, cabinet de conseil en intelligence artificielle, interrogé lors du Forum Europe 1 Liberté, Egalité, Fraternité, organisé mardi au Bataclan.

Quatre fois plus de chômage sans l'IA ? "On veut plus de vie privée et en même temps on est sur trois ou quatre réseaux sociaux. On vie avec le stress d'être écouté et on est bien content d'avoir des logiciels de traduction", énumère ce spécialiste pour qui l’intelligence artificielle est l’un des enjeux économiques majeurs des décennies à venir. "Si on déploie l'Intelligence artificielle, on va croître de 0,1 à 0,2% par an la croissance des pays développés. On créerait quatre fois plus de chômage en n'utilisant pas l’IA. On estime en effet à 5 à 10% des emplois qui seront supprimés à cause de l’IA. Mais il y aura aussi beaucoup de créations d’emploi".

Selon Eric Hazan, les bénéfices pourront toucher tous les secteurs. Détection ultraprécise du diabète, lutte contre le braconnage en Afrique, identification des prémices d’un ouragan, réduction des déchets de production dans l’industrie, analyse des capacités de remboursement de dette des ménages… "L’intelligence artificielle est un facteur de segmentation, de détails dans la compréhension des choses. On peut optimiser énormément de choses", conclut-il.

"La société de consommation existait bien avant l’intelligence artificielle"

Une incitation à la consommation ? L’intelligence artificielle est-elle pour autant une panacée ? Ne menace-t-elle pas notre vie privée et notre liberté ? "Ne risque-t-elle pas de nous pousser à consommer non-stop ? Aujourd’hui, je peux recevoir des publicités (ciblées) dans mes toilettes avec mon téléphone. Cela ne pousse-t-il pas à son maximum notre asservissement à la société de consommation ?", interroge pour sa part David Abiker, journaliste à Europe 1 et animateur du forum Europe 1. "La société de consommation existait bien avant l’intelligence artificielle", balaye pour sa part Eric Hazan, qui reconnaît que les enjeux éthiques sont important et que l’IA devra être encadrée.

Pour Marie-Laure Denis, présidente de la CNIL, "les consommateurs d’IA doivent avoir conscience que leurs données sont enregistrées, comprendre comment elles sont enregistrées et utilisées" par l’IA. Si elle assure que la France est bien armée pour lutter contre les dérives en matière de protections des données, elle s’étonne encore de recevoir certains types de publicités : "Des publicités pour de l’alcool par exemple. Cela risque de poser problèmes pour ceux qui luttent contre une addiction…"

"L'économie de la connaissance, on y va". "Il y a des enjeux éthiques très importants. Si tous les logiciels d’intelligence artificielle sont faits par des hommes blancs, pour des hommes blancs, cela peut poser des problèmes" de discrimination, ajoute pour sa part Olivier Derrien, directeur général de Salesforce, éditeur de logiciels, participants aussi au débat. Mais pour Eric Hazan, toutes ces questions, légitimes, ne freineront pas le développement de l’IA. Elles devront être résolues mais il est désormais impossible de revenir en arrière. "L’intelligence artificielle, l’économie de la connaissance, on y va", conclut-il.