Écoutes judiciaires : comment fonctionne le dispositif qui gère les ratés

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Les enquêteurs mécontents voudraient un logiciel plus simple d'utilisation pour les écoutes.
Les enquêteurs mécontents voudraient un logiciel plus simple d'utilisation pour les écoutes. © ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
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70 personnes sont mobilisées afin de corriger les problèmes de la plateforme nationale d'interceptions judiciaires (Pnij). L'agence chargée de réparer ces failles gère plusieurs milliers de cas chaque mois.

Cent cinquante millions d'euros : voilà ce qui a été englouti en 13 ans dans la Pnij, la Plateforme nationale des interceptions judiciaires, ce qui en fait l'un des chantiers les plus coûteux de la justice. La plateforme est censée tout centraliser, faciliter la vie des enquêteurs et permettre des économies. Son utilisation est obligatoire depuis septembre dernier, mais elle aussi connaît de nombreux ratés.

3.000 sollicitations en décembre. Au ministère de la Justice, l'Agence nationale des techniques d'enquêtes numériques judiciaires (ANTENJ) tente de repérer les failles grâce à une équipe de 70 personnes, notamment des policiers et des gendarmes. Dans des petits bureaux, on retrouve d'anciens enquêteurs de terrain, les mieux placés pour comprendre leurs collègues, un peu perdus à l'autre bout du téléphone. 

Le mois dernier, cette hotline a enregistré 3.000 sollicitations, composées à 80% de conseils et à 20% de vrais dysfonctionnements signalés. Au total, 40 cas sont vraiment considérés comme des problèmes. Il faut ainsi répondre au désarroi au bout du fil : "Les incidents que vous rencontrez, ce sont sur de la com' voix ou de la com' SMS ?", demande un agent de cette hotline à un gendarme dont une partie des écoutes s'est volatilisée. C'est d'ailleurs grâce à ce "SOS écoutes" qu'il y a quelques semaines, des policiers ont pu récupérer in extremis un bout de conversation entre deux trafiquants de stupéfiants, sans doute un rendez-vous pour une livraison.

Des délais raccourcis. Ce que les enquêteurs dénoncent surtout, c'est par exemple la difficulté de suivre leurs écoutes depuis leur propre smartphone. Récemment, l'un d'eux a d'ailleurs appelé par erreur le trafiquant qu'il surveillait. À distance, dans ces bureaux, on rassure et on positive. "Avant, lorsqu'on faisait une réquisition, on pouvait avoir des délais de réponse qui allaient jusqu'à 3 semaines. Maintenant, on a une réponse dans la journée. On va pouvoir confronter des éléments indiqués par un mis en cause en garde à vue avec des éléments qu'on va avoir grâce à la Pnij", compare Frédéric. Preuve à l'appui : on peut identifier un numéro de téléphone en seulement deux minutes.

Les enquêteurs mécontents ne le nient pas mais voudraient un logiciel plus simple d'utilisation. "Je conçois qu'un enquêteur mette plus de temps que par le passé sur un outil qu'il maîtrisait parfaitement. Mais je suis convaincu qu'avec l'accompagnement qu'on met en place, on va aller vers une situation sinon optimale, en tout cas meilleure pour un certain nombre d'enquêteurs qui se plaignent aujourd'hui", tempère Damien Martinelli, magistrat à la tête de l'Agence nationale des techniques d'enquêtes numériques judiciaires (ANTENJ). 

Une économie de 40 millions d'euros par an. Avant la Pnij, les policiers et les gendarmes pouvaient passer par des sociétés privées, ce qui est impossible aujourd'hui, sauf cas de force majeure. Plus souples et plus réactives que l'administration, elles étaient aussi plus chères et l'État devrait économiser 40 millions d'euros par an avec cette plateforme. En cas de ratés, l'administration ne manquera pas de mettre la pression à Thalès, géant des télecoms et fournisseur exclusif de ce système.

Europe 1
Par Pierre de Cossette, avec T.LM.