Jacques Vendroux 8:50
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Le 5 mai 1992, la tribune Nord du stade Armand-Cesari s’effondre, quelques minutes avant la demi-finale de Coupe de France entre le SC Bastia et l'Olympique de Marseille. Le drame fait 19 morts et 2.357 blessés au total. Jacques Vendroux, qui devait commenter le match pour Franceinfo, fut l’un des rescapés. Il raconte sur Europe 1.
INTERVIEW

Ce jeudi, le sport français commémore sa pire catastrophe. Il y a trente ans, le 5 mai 1992 à Furiani en Corse, la tribune nord du stade Armand-Cesari s’effondrait, faisant 19 morts et 2.357 blessés au total. Jacques Vendroux, qui devait commenter le match pour franceinfo, fut l’un des rescapés. Il revient sur cette catastrophe au micro d'Europe 1. 

"Je ne peux pas oublier"

"Il est 20h25, le technicien du studio à Radio France me dit 'Jacques, tu fais l'ouverture du 20h30 sur le match Bastia-OM qui, je le rappelle, est une demi-finale de Coupe de France de football, donc un match important sur le plan français, sur le plan corse également. Après, plus rien. Je ne sais plus du tout ce qui s'est passé. Je me suis simplement retrouvé à l'hôpital de Bastia. Puis, j'ai été rapatrié à Paris, à la Salpêtrière", raconte Jacques Vendroux qui affirme ne se "souvenir de rien" après le drame.

"Je ne me souviens de rien, sauf certains flashes", confie-t-il. "Je suis persuadé, par exemple, qu'un motard qui a eu un accident est venu me donner à boire à l'hôpital. Et tout ça, je ne sais pas si c'est vrai. Je ne sais pas si c'est un rêve."

Trente ans après la catastrophe, Jacques Vendroux insiste sur le devoir de mémoire. "Mais ce que je voudrais dire surtout, c'est qu'il ne faut pas oublier", déclare-t-il au micro d'Europe 1. "Il faut y penser très fort aujourd'hui, comme tout le temps. Il faut penser à ces 19 morts, aux familles qui ont été détruites par ce drame, qui ont été marquées à vie. Et je trouve qu'aujourd'hui, c'est bien d'y penser. C'est bien d'en parler sur Europe 1 c'est bien d'en parler partout. Et je pense qu'on ne se rend pas compte de ce que peut être la souffrance d'un accident. Et plus le temps passe, plus vous n'oubliez pas, vous n'arrivez pas à oublier. Moi, je ne peux pas oublier". 

"Je l'ai vécu dans ma chair"

Jacques Vendroux explique penser tous les jours à la catastrophe. 

"J'en garde un souvenir épouvantable. J'en garde un souvenir dramatique. Je vis avec cette histoire tous les jours. J'y pense tous les jours", confie-t-il au micro d'Europe 1. "Quand vous voyez un camion de pompiers qui vous double ou une ambulance ou un paraplégique qui traverse la rue, eh bien, ça vous rappelle évidemment Furiani. Mais moi, très honnêtement, je suis un cas très particulier parce que je m'en suis sorti. Je l'ai vécu, je l'ai eu dans ma chair. J'en ai souffert encore et j'en souffre encore beaucoup. Mais je ne suis pas un martyr de Furiani, je ne suis pas un martyr de la société". 

L'OM rend hommage aux victimes 

Jacques Vendroux s'estime chanceux de s'en être remis physiquement. Mais il explique ne s'en être "jamais remis psychologiquement". "C'est impossible", souligne-t-il. "On ne peut pas oublier et je suis très heureux qu'aujourd'hui l'Olympique de Marseille rende hommage aux victimes avant son match contre Feyenoord avec une minute de silence. Les joueurs de l'OM vont jouer avec un brassard. C'est ce qu'il fallait faire. C'est ce qu'il fallait faire pour l'avenir".  

Aujourd'hui, l’apaisement pointe avec le gel des matches les 5 mai dans les compétitions françaises. Paradoxe : cette année, pour l’entrée en vigueur de la loi, un match sera pourtant organisé ce jeudi, entre l’Olympique de Marseille et le Feyenoord Rotterdam. Mais ce sera dans le cadre d’une épreuve européenne, en demi-finale retour de Ligue Europa Conférence, et le collectif des victimes estime avoir atteint son "objectif principal" en sanctuarisant cette journée à l’avenir.