Relâchement, moins de télétravail... Comment expliquer les mauvais chiffres du Covid-19 ?

, modifié à
  • A
  • A
Les chiffres du coronavirus suscitent l'inquiétude à l'approche des fêtes de fin d'année. 3:52
Les chiffres du coronavirus suscitent l'inquiétude à l'approche des fêtes de fin d'année. © Nicolas Tucat, AFP
Partagez sur :
Jean Castex doit donner une conférence de presse jeudi soir pour faire le point sur la pandémie de Covid-19. La perspective d’un allègement des mesures de restrictions prévu le 15 décembre s’éloigne, car le nombre des contaminations quotidiennes reste trop important. En cause : le confinement qui n’est plus vraiment respecté.
DÉCRYPTAGE

Jean Castex, qui doit donner une conférence de presse jeudi soir, va-t-il repousser la date du déconfinement, initialement prévue au 15 décembre ? L’objectif fixé par le gouvernement de passer sous la barre des 5.000 cas de Covid-19 recensés chaque jour est en effet loin d’être rempli. Selon les épidémiologistes, nous avons atteint un plateau autour de 10.000 nouvelles contaminations par jour et ces chiffres ne diminuent pas. Parmi les explications : le confinement ne serait plus vraiment respecté, alors qu'une partie de la population est gagnée par la lassitude face aux restrictions. 

Un sentiment de lassitude

"Il m'arrive de croiser en ville certains de mes patients qui sont positifs et qui devraient être chez eux en isolement. Ils viennent voir leurs parents en isolement. J’en vois aussi certains qui n'ont pas de masque. Pendant la première vague, on n'avait pas du tout cette situation-là. Je crois qu'il y a de la relâche et je suis très inquiet", confie Jean-Michel Gal, le président de l'ordre des médecins du département de l'Orne, où le nombre d'hospitalisations est reparti à la hausse.

Le relâchement dans nos comportements peut d’abord s’expliquer par un sentiment de lassitude, après 10 mois à vivre en respectant les gestes barrières et les recommandations du gouvernement pas toujours très claires. Cette confusion a pu décourager certains Français.

"On a quand même des injonctions qui vont dans des sens complètement opposés : faire très attention, rester chez soi, et de l'autre, les magasins ouvrent. Il y a beaucoup de décisions qui ne sont pas bien expliquées et donc les gens en ont marre", développe Hélène Rossinot, médecin en santé publique, au micro d’Europe 1.

Des bonnes nouvelles annoncées trop tôt ?

Et puis, il y a aussi eu toute une série de bonnes nouvelles annoncées fin novembre. Emmanuel Macron parlait d'un recul de l'épidémie, de perspectives de déconfinement et de l'espoir d'un vaccin également. Toutes ces annonces ont eu tendance à faire baisser la garde.

Mais ce "plateau" atteint dans la courbe des contaminations ne peut pas s’expliquer uniquement par le relâchement. La réouverture des commerces non-essentiels depuis le 28 novembre est aussi une des raisons. Même si les commerçants font des efforts pour faire respecter le protocole sanitaire, les magasins restent des lieux clos où on est nombreux à s'agglutiner, chaque week-end, à l'approche des fêtes.

Moins de télétravail

La semaine du 28 novembre a vraiment été cruciale dans notre comportement, car c'est à ce moment-là que les déplacements vers les lieux de travail ont repris. Les trajets en voiture ont augmenté de 10%. Le syndicat CGT des cadres partage également ce constat : le télétravail est moins respecté qu'avant. Selon eux, il y a deux raisons à cela : les salariés ont du mal à rester chez eux 5 jours sur 7 et les patrons leur demandent de revenir quand ce n'est pas toujours indispensable.

Cependant, si les commerces ont rouvert partout et que le télétravail s'applique sur tout le territoire, les chiffres de l'épidémie ne sont pas les mêmes selon les régions. A Paris et en Ile-de-France, le virus circule très peu parce que depuis la première vague, 20% de la population a été infectée. Vient alors le début d'une immunité collective. C'est aussi l'une des seules régions où il y a le dispositif Covisan qui permet d'isoler les malades. Le télétravail y est aussi beaucoup mieux respecté que dans les autres territoires.

Des températures différentes

Les différences de température sont aussi à prendre en compte. Il y a plus de contaminations dans les régions Grand Est et Auvergne-Rhône-Alpes, où il fait le plus froid en ce moment. Les gens ont alors plus tendance à se regrouper à l'intérieur et à moins ouvrir les fenêtres pour aérer leur logement.

Europe 1
Par Romane Hocquet édité par Léa Leostic