Comment la jeunesse s'est mise en marche pour le climat

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La mobilisation, partie de Suède et particulièrement suivie en Belgique, se répand aujourd'hui en France.
La mobilisation, partie de Suède et particulièrement suivie en Belgique, se répand aujourd'hui en France. © JASPER JACOBS / BELGA / AFP
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Parti de Suède en août dernier, le mouvement des grèves scolaires pour le climat s'est progressivement étendu en France. Un rassemblement est prévu vendredi à Paris devant le ministère de la Transition écologique, avant une journée d'action nationale le 15 mars.
RÉCIT

"Nous, collégiens, lycéens et étudiants, avons notre mot à dire face à l'inaction de la majorité de nos aînés." Dans un communiqué publié jeudi, la plateforme Youth for Climate appelle la jeunesse française à une "grève pour le climat", le 15 mars prochain. Si des rassemblements sont déjà prévus dans une quarantaine de villes, à Paris, un collectif d'étudiants manifestera dès vendredi devant le ministère de la Transition écologique, relayant ainsi l'appel mondial de la Suédoise Greta Thunberg, devenue en quelques mois un modèle d'engagement pour les adolescents.

L'icône Greta Thunberg. Depuis le mois d'août 2018, l'adolescente âgée de 16 ans sèche les cours tous les vendredis pour aller protester devant le Parlement suédois. Son message pour alerter sur l'urgence climatique est alors devenu viral. Greta, diagnostiquée autiste Asperger, a été invitée à la COP24 en Pologne, ainsi qu'au Forum de Davos, sacro-saint rendez-vous des chefs d'État et des grands patrons, en décembre dernier.

“Les adultes répètent sans cesse qu’ils ont une dette envers les jeunes, qu’il faut leur donner de l’espoir. Mais je ne veux pas de votre espoir. (...) Je veux que vous paniquiez. (...) Et je veux que vous agissiez” a-t-elle lancé à la tribune, en fixant dans les yeux chacun des dirigeants à qui elle s'adressait. Et d'appeler, donc, tous les jeunes du monde entier à se mobiliser le 15 mars prochain.

Le mouvement a germé en Suède, puis fleuri en Belgique. Certains n'ont pas attendu la fin de l'hiver pour suivre son exemple. En Australie, à Berlin, aux Pays-Bas, en Suisse, des centaines voire des milliers d'élèves sont descendus dans la rue pour défendre la lutte contre le dérèglement climatique. La mobilisation a même connu, les jeudis cette fois, une résonance toute particulière en Belgique, sous l'impulsion du collectif Youth for Climate, lancé par des lycéennes flamandes.

À Bruxelles, ils étaient environ 3.000 le 10 janvier et près de 13.000 le 17 janvier. Avec les étudiants wallons, le nombre de manifestants a quasiment triplé le 24 janvier, la police en recensant 35.000. Autant de jeudis lors desquels les jeunes Belges ont décidé de "brosser les cours", défilant aux cris de "chauds, chauds, on est plus chauds que le climat !".

La France s'y est doucement mise. En France, les initiatives ont mis davantage de temps à prendre, en dépit du succès de la pétition "L’affaire du siècle", signée par plus de deux millions de citoyens. Peut-être en raison d'un contexte social déjà chargé…

Le 11 janvier, la jeune Ysée Parmentier, une collégienne de 14 ans, a toutefois tenté de lancer la fronde à Lafrançaise - c'est le nom de la commune, dans le Tarn-et-Garonne - en signifiant à son professeur d'histoire-géographie qu’elle ne travaillerait pas ce jour-là pour dénoncer "l’inaction des adultes face au réchauffement climatique". Résultat ? Le principal lui a demandé de suspendre son action. "Greta Thunberg avait appelé à une grève scolaire mondiale le 15 mars. Comme nous n'y avons pas droit, je vais proposer à mon collège d'organiser à la place une journée de sensibilisation à l'écologie", confie la jeune fille auprès de La Dépêche.

Derrière la banderole "Pour le climat, on fait quoi ?", des lycéens de Valence se mobilisent eux chaque mercredi à 10 heures. Pendant la récréation, les élèves de la Cité scolaire Camille-Vernet sortent donc devant l'établissement, en portant des brassards verts et en distribuant des tracts, avec quelques conseils : "prendre plus le vélo", "manger moins de viande", "acheter des vêtements de seconde main". Ces actions ne perturbent pas les cours et qui sont même organisées avec l'aide d'un professeur d'histoire-géographie, qui anime un club de débats, où est née cette volonté de se mobiliser.

Du soutien des enseignants. Un collectif de professeurs, Les Enseignant.e.s pour la planète, a d'ailleurs été créé le 25 janvier afin de préparer la journée mondiale du 15 mars et d'appeler à des "écoles mortes". "Nous sommes un million d’enseignants de l’école maternelle jusqu’à l’enseignement supérieur. Nous avons une responsabilité morale face à cette génération que nous sommes en train de former", explique Ange Ansour, l’une des initiatrices de ce collectif, dans les colonnes du Monde. L'appel, déjà signé par environ 3.000 enseignants, n'évoque cependant pas la possibilité d'une grève des élèves.

Rendez-vous pris devant le ministère de la Transition écologique. Comme son nom l'indique, le groupe "Désobéissance écolo Paris" a lui fait le choix de la désobéissance civile. L'idée n'a pas fait consensus, mais la grève a été votée en assemblée générale à Jussieu, en présence d'environ 300 étudiants, dont une trentaine de lycéens, le 8 février dernier. Elle aura désormais lieu tous les vendredis, dans la droite ligne de l'action de Greta Thunberg.

Pour leur première journée d'action, ce 15 février, ces étudiants ont prévu de se rassembler à 14 heures devant le ministère de la Transition écologique. Ils comptent, chaque semaine, présenter une "revendication" au gouvernement. La première : que celui-ci déclare "l’état d’urgence écologique et sociale afin de débloquer un plan interministériel à la hauteur des risques encourus", afin de "s’engager dans la voie d’une réduction annuelle de 4 % d’émissions de gaz à effet de serre". "Si le gouvernement persiste dans son manque de volonté et maintient ses notes aussi proches de zéro, un conseil de discipline sera organisé pour envisager une réorientation", poursuit le collectif, qui appelle également à se joindre aux "gilets jaunes" le samedi.

Travail de sensibilisation. De son côté, l'association Little Citizens for Climate s'apprête à distribuer notamment à plusieurs classes des kits de sensibilisation aux enjeux environnementaux. Et il y a parfois du travail. "Quand je fais des interventions dans les lycées, soit les élèves ne sont pas sensibilisés aux enjeux, soit ils se sentent impuissants", confie ainsi à Europe 1 Idris Bensari, qui fait partie à 18 ans des référents de l’appel national lancé par Youth For Climate.

Le collectif, soutenu par des syndicats étudiants tels que l'Unef et la Fage, s'attend à une mobilisation "extrêmement importante", le 15 mars prochain. Mais le véritable succès, considère Idris Bensari, "ce sera quand le gouvernement accèdera à nos revendications". Et à ceux qui leur rappelle l'immobilité de l'État sur la réforme du bac et la plateforme Parcoursup, Lunell Oudelin-Toussaint, lycéenne à Marseille et signataire de l'appel, répond : "S'ils n'ont pas pris en compte les revendications des jeunes de France, ils comprendront peut-être que désormais, c'est la jeunesse du monde entier qui se bat pour la même raison".

Europe 1
Par Thibauld Mathieu