Affaire "d'ego" plutôt que de "convictions religieuses" : imbroglio après une rixe à Belfort

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Le jeune homme a déposé une plainte après avoir été agressé parce qu'il avait publié sur les réseaux sociaux des photos le montrant en train de fêter Noël. 1:20
Le jeune homme a déposé une plainte après avoir été agressé parce qu'il avait publié sur les réseaux sociaux des photos le montrant en train de fêter Noël. © AFP
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Le procureur de la République de Belfort a annoncé lundi l'ouverture d'une information judiciaire visant à "confirmer les circonstances de déclenchement de la rixe" impliquant un fils de policier samedi. De fausses informations sur l'origine de cet incident avaient circulé sur les réseaux sociaux et dans plusieurs médias. 

L'affaire a suscité une grande émotion et de nombreuses réactions politiques pendant le week-end. Mais la réalité semble finalement bien plus nuancée qu'il n'y paraissait. Un jeune homme de 20 ans, de confession musulmane, avait porté plainte samedi à Belfort, affirmant avoir été agressé pour avoir posté une photo de son repas de Noël sur les réseaux sociaux. Une version reprise par plusieurs médias et figures politiques, dont le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Mais lundi, le procureur de la République de Belfort a annoncé l'ouverture d'une information judiciaire visant à "confirmer les circonstances de déclenchement de la rixe", en déplorant la circulation d'"information inexactes".

Après la publication de la photo de son repas de fête, un de ses contacts, âgé de 18 ans, lui aurait demandé s'il fêtait Noël, puis la conversation aurait dégénéré en injures, a précisé le procureur, Eric Plantier, dans un communiqué. Le plaignant, âgé de 20 ans, aurait alors reçu un message injurieux de cette connaissance : "Sale fils de blanc, fils de serpent, fils de policiers... Je vais te montrer ce qu'est un vrai rebeu" (arabe en verlan).

Des "informations parcellaires ou inexactes"

Un rendez-vous avait alors été fixé, auquel le plaignant, déterminé à "régler le problème", s'était rendu accompagné de deux ou trois personnes. Il avait retrouvé son interlocuteur, lui-même accompagné de trois personnes, dont deux frères. Le plaignant et les deux frères avaient alors été impliqués dans la rixe, toujours selon le procureur. Qui a donné le premier coup ? Les versions s'opposent. Mais en tout cas, "il n'est nullement établi qu'aurait été expressément reproché à une personne de confession musulmane de célébrer la fête chrétienne de Noël", a spécifié le procureur. 

Dimanche, l'affaire avait suscité de nombreuses réactions. "Il est tombé dans un guet-apens", avait affirmé la mère de la victime, officier de police judiciaire, pour laquelle "cette affaire ne doit pas rester sans suite". Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, s'était élevé contre cette agression sur Twitter : "Un jeune homme agressé parce qu'il aurait fêté Noël et ne serait pas un 'bon arabe'. Circonstance 'aggravante' : être fils de policiers. Pas de place pour le séparatisme dans notre pays, pas de place pour le racisme d'où qu'il vienne", a-t-il écrit, officialisant l'ouverture d'une enquête. Le président de la Région Grand Est, Jean Rottner (LR) et le préfet du territoire de Belfort, David Philot, avaient également exprimé leur soutien au jeune homme sur Twitter.  

"Une question d'ego" plus que de "convictions religieuses"

"Le déchaînement verbal puis le rendez-vous fixé semblent davantage relever d'une question d'égo, le plaignant estimant que son contact, moins âgé que lui, lui avait manqué de respect, et non pas d'une volonté d'imposer à autrui des convictions religieuses", a encore souligné le magistrat. Après quatre jours d'enquête et l'audition de plusieurs personnes impliquées qui se sont toutes présentées spontanément aux enquêteurs, le procureur de la République a également déploré les "informations parcellaires ou inexactes susceptibles d'engendrer un trouble à l'ordre public" qui ont circulé sur cette affaire.

L'information judiciaire ouverte dimanche devra permettre d'identifier le deuxième et l'éventuel troisième accompagnateur du plaignant, ainsi que le troisième accompagnateur de son interlocuteur. Elle devra également identifier l'auteur des propos à caractère raciste proférés dans la conversation sur le réseau social, propos que le titulaire du compte dément avoir formulés lui-même. Cette information judiciaire fixera aussi une éventuelle interruption temporaire de travail (ITT) pour le plaignant, le quantum de 4 jours d'ITT précédemment évoqué par l'AFP n'étant "pas confirmé", selon le procureur.

Europe 1
Par Europe 1 avec AFP