Autographes et poignée de mains : Robert Badinter star de la prison de Villepinte

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Robert Badinter crédit : LIONEL BONAVENTURE / AFP - 1280
"Il est un droit qu'aucune loi ne peut entamer, qu'aucune sentence ne peut retrancher, le droit de devenir meilleur", a cité Robert Badinter face aux détenus de Villepinte (photo d'archive) © LIONEL BONAVENTURE / AFP
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Robert Badinter, invité d'honneur d'une rencontre organisée dans le cadre d'un programme d'assouplissement des conditions de détention, a été accueilli chaleureusement par les détenus de Villepinte.

Autographes et poignées de main : l'ex-ministre de la Justice Robert Badinter était lundi l'invité vedette des détenus de la maison d'arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis), une rencontre organisée dans le cadre d'un programme d'assouplissement des conditions de détention.

Un Hugolâtre en prison. Assis sur des chaises de plastique rouge alignées dans le gymnase de la prison, une centaine de détenus ont écouté pendant environ une heure l'artisan de l'abolition de la peine de mort en 1981 leur parler de Victor Hugo, "grand abolitionniste".

"Je suis un Hugolâtre", a prévenu d'emblée Robert Badinter, 89 ans, qui a répété aux détenus une phrase du célèbre écrivain du XIXe siècle : "il est un droit qu'aucune loi ne peut entamer, qu'aucune sentence ne peut retrancher, le droit de devenir meilleur". L'oeuvre d'Hugo "constitue, pour eux aussi, un message", a déclaré Robert Badinter, entouré de détenus qui l'ont longuement applaudi avant de réclamer autographes ou poignées de main. 

"On sent qu'il vit les mots d'Hugo". "C'était inimaginable de le voir ici", a confié Idriss*, 28 ans. "On imagine pas écrire un courrier à un homme politique, qu'il nous réponde. En tant que prisonnier, on se dit : 'c'est perdu d'avance'".  "On sent qu'il vit les mots d'Hugo", a souligné Samir*, 42 ans.

Dans ses mains, des notes prises pendant l'intervention de Robert Badinter pour se faire "une synthèse" de l'exposé. Comme Hugo, Robert Badinter "a fait comprendre qu'il était toujours là, debout, qu'il continuerait jusqu'au bout", a ajouté le détenu.

Un combat toujours dans les mémoires. Jacques*, 65 ans, a "replongé 45 ans en arrière". "En 1972, j'étais en détention à la maison d'arrêt de Lisieux, pendant l'exécution de Buffet et Bontems, les détenus frappaient sur les tuyaux pour protester", a-t-il raconté.

À l'époque, Robert Badinter était l'avocat de Roger Bontems, complice de Claude Buffet. Leur exécution avait marqué le début de son engagement contre la peine de mort. "Son combat a démarré là", a rappelé Jacques. Ensuite, il y a eu "les télévisions [autorisées en prison par Badinter en 1985], les parloirs libres", "tout ça je l'ai vécu".

*Les prénoms des détenus ont été modifiés.