Aurélie, 37 ans, a décidé de changer de vie : "Il fallait que je m'éloigne de la France pour rebattre les cartes"

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Aurélie ne trouvait pas de sens à son travail. Elle a alors décidé de tout plaquer pour trouver sa voie, loin de sa famille et de ses amis, comme elle l'explique lundi au micro d'Olivier Delacroix.
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Aurélie, 37 ans, a exercé plusieurs activités professionnelles dans sa carrière, en cherchant toujours celle qui répondrait le mieux à ses aspirations profondes. En vain. Mais il suffit parfois d'un déclic pour bousculer son quotidien et changer de vie. Pour elle, il a d'abord fallu s'éloigner, témoigne-t-elle lundi chez Olivier Delacroix.

"Je n'arrivais plus à me lever le matin"

"Quand j'étais petite, à l'école, j'avais beaucoup de chance. J'étais avec des professeurs qui cultivaient mon envie de liberté, qui m'aidaient à créer des poésies, parce que j'adorais écrire. Mon rêve, c'était d'ailleurs de devenir écrivaine. Et dès que je suis rentré au collège, tout ça est devenu 'pas sérieux', comme si ce n'était pas ça la vraie vie. Je n'avais pas de pression particulière, mais c'est vrai que les parents s'inquiètent et je comprends qu'ils s'inquiètent. Cela ne concerne pas seulement les filières artistiques. Pour moi, chacun a une singularité, des choses à accomplir et en général, on favorise le fait que tout le monde aille dans le même sens. Et c'est vrai que je n'étais pas encouragée, que ce soit à l'école ou dans la famille, à suivre des voies très différentes. Il fallait gagner sa vie, il fallait réussir.

 

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En sept ans de travail, j'ai changé d'entreprise et de métier quatre fois. J'ai été responsable commerciale dans une structure qui faisait du théâtre pour les entreprises, j'ai aussi travaillé dans une entreprise de marketing, dans une grande entreprise, ainsi que dans une petite start-up que je co-dirigeais et où j'étais en charge du recrutement. Et à chaque fois je finissais par manquer de sens. Je n'arrivais plus à me lever le matin parce que ce n'était pas ce que j'attendais. Et je voyais que je n'étais pas la seule. Dès que je discutais avec des gens, je leur demandais si leur boulot leur plaisait ils me disaient 'non pas trop, mais on n'a pas trop le choix'. Je voyais aussi passer des rapports sur les burn-out parce que j'ai travaillé sur les risques psychosociaux en entreprise, les suicides, etc. Et je me disais ce n'est pas normal que le monde du travail apporte tant de souffrances. Ça a été le déclic… J'ai tout quitté.

"Si j'étais restée (...) j'aurais subi la pression de mes proches"

Il fallait que je m'éloigne de ce que j'avais connu jusqu'ici pour vraiment rebattre les cartes depuis le début. Je voulais trouver autre chose mais je n'avais aucune idée de ce que je cherchais. J'avais décidé de me lancer dans l'inconnu. Et si j'étais restée en France au départ - la suite de mon voyage s'est aussi faite en France - j'aurais subi la pression familiale, la pression des amis qui me demandaient : 'Qu'est-ce que tu vas faire ?' alors que je n'en avais aucune idée.

Evidemment, ça m'a effrayée, mais j'avais décidé d'écouter mon instinct, et mon instinct me disait de partir, de suivre cet inconnu et de ne pas avoir de plan. Si j'avais eu un plan, si je m'étais fixé des objectifs, je ne serais jamais arrivée là où je suis arrivée. Et c'est ce qui faisait le plus peur à mes proches.

"J'avais envie de redonner de l'élan"

J'ai commencé un projet appelé Ordinary Happy People. D'abord à Berlin, puis à Lisbonne. J'allais dans des endroits où les gens étaient un peu moroses, par exemple dans le métro ou dans les quartiers d'affaires, et je tenais un grand panneau où il y avait écrit 'souriez, ça pourrait changer votre journée'. Au début, les gens se disaient que j'étais complètement folle, certains essayaient de résister et finalement, se mettaient à sourire. Il y en avait qui me dépassaient et qui revenaient pour me dire 'excusez-moi, aujourd'hui j'ai plein de problèmes, ils n'ont pas disparu, mais je vais les aborder autrement grâce à votre panneau'. Je faisais aussi des portraits de gens que je croisais dans la rue et qui dégageaient une joie, que je captais par une photo et un écrit. Je partageais ça sur Internet pour donner de l'espoir à ceux qui me lisaient.

L'idée de départ, c'était d'arrêter de voir autant de résignation. C'est ça qui m'avait fait partir. J'avais envie de redonner de l'élan. Je voulais aussi parler à tout le monde, aux gens ordinaires, parce que je ne voulais pas faire de grandes leçons pour dire qu'on peut devenir super connu, super pointu dans son métier. Non, on peut juste être soi, retrouver l'élan intérieur et être heureux."

Grâce à ce projet, Aurélie s'est trouvée. Aujourd'hui, elle vit dans le Limousin, et son quotidien a considérablement changé. Son histoire, elle l'a racontée dans un livre, Embrasser l'inconnu.

"Je ne veux pousser personne. Je veux juste témoigner pour dire que c'est possible. Et ensuite, chacun fait comme il veut ou comme il peut, parce qu'on a tous des barrières et des contraintes plus ou moins grandes.

Parfois, je reçois des messages de gens qui me disent qu'ils ont quitté leur boulot après m'avoir lu, d'autres qui achètent un camion, parce que j'ai voyagé ensuite dans un camion de pompier. C'est ce camion qui a vraiment changé ma vie, ce camion dans lequel il n'y avait rien et où j'ai tout retrouvé : la liberté."

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Europe 1
Par Thibauld Mathieu