Affaire Karine Jambu : le Défenseur des droits pointe les défaillances des autorités

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Violée pendant son enfance par un pédophile récidiviste hébergé par ses parents, Karine Jambu veut faire condamner l'État pour "faute lourde". Dans un rapport qui doit être publié mardi, le Défenseur des droits recense 13 alertes en 9 ans auprès de plusieurs autorités, sans succès. 

C'est un document qui pourrait appuyer la démarche de Karine Jambu. Cette jeune femme, violée durant des années pendant son enfance par un pédophile récidiviste hébergé par ses parents, veut faire condamner l'État pour "faute lourde", alors que de nombreux proches et voisins avaient alerté les services sociaux, sans réponse. Elle a pour cela fait appel, après la condamnation de l'État seulement pour déni de justice en septembre. Dans un rapport devant être publié mardi et qu'Europe 1 a pu consulter, le Défenseur des droits liste les manquements des autorités 

Sa conclusion est sans appel. Karine n'a pas été protégée. Dans son rapport de 35 pages, Jacques Toubon recense pas moins de 13 alertes en 9 ans lancées auprès de plusieurs autorités sans succès. La famille a bien été prise en charge par les services sociaux, mais ceux-sont passés à côté de l'essentiel, écrit-il. Avant de lister les failles, comme le manque de rapports écrits. Ceux qui existent sont édulcorés, incomplets, sans les détails qui auraient du conduire à placer l'enfant.

Aucun juge ayant été en charge du dossier n'a rencontré la fillette

Quatre juges différents ont eu le dossier entre les mains, mais aucun n'a rencontré la fillette, note encore le rapport. Plus qu'une absence de réaction, il s'agit d'une sous-estimation du danger, résume le rapporteur, pointant une "nette contradiction" entre les engagements pris par les parents devant les magistrats et leur attitude. "Seule une connaissance précise de l'historique des mesures et des attitudes parentales observées par les différents services intervenus depuis l'âge d'un an de Karine aurait permis de mettre en perspective et de facilement identifier ce qui n'était en réalité qu'une adhésion de surface", écrit-il. 

Même s'il estime qu'un certain nombre de lacunes ont été corrigées depuis 2007, le Défenseur des droits insiste sur son inquiétude face à la situation actuelle de la justice des mineurs, en cours de réforme, et dont les moyens s'avèrent "nettement insuffisants au regard des enjeux". Or, "la prise en compte (...) de l'histoire de la famille, de l'historique des interventions auprès des enfants et des parents, même si elle est chronophage, est essentielle à la prise de décision et à la conduite des mesures ordonnées", note Jacques Toubon. 

La famille bientôt reçue par Jacques Toubon

"Il est clairement expliqué que le parquet s'est trompé en donnant sa réponse au signalement qui a été fait en 2003, au détriment de l'enfant", a réagi auprès d'Europe 1 la tante de Karine Jambu. La famille adoptive de la jeune femme doit être reçue vendredi par le Défenseur des droits.