EXCLUSIF - Violée pendant son enfance, Karine témoigne : "Tout ce que j'ai subi est incompréhensible"

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Salomé Legrand, édité par Clémence Olivier , modifié à
Karine, 20 ans, poursuit l'Etat pour "faute lourde" pour ne pas l'avoir protégée de ses parents violents, malgré de nombreux signalements. Elle témoigne en exclusivité sur Europe 1 alors que le procès de son agresseur présumé s'ouvre mardi. 
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"C'était l'enfer, c'était horrible". Pendant douze ans, Karine a été délaissée par ses parents violents et violée par Roland B., un homme qu'ils hébergeaient, multirécidiviste. Malgré une quinzaine de signalements, sa garde ne leur a jamais été retirée. Mardi, les trois adultes comparaissent devant la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine à Rennes, Roland B. pour viols sur mineure et les parents pour subornation de témoin pour avoir obligé Karine à mentir aux enquêteurs.

La nuit, "il venait me chercher dans mon lit". "Il dormait tout le temps à la maison. Pour eux, c'était un ami de la famille. Quand il abusait de moi, c'était la nuit. Il venait me chercher dans mon lit. Il était obligé de passer devant la porte de mes parents car leur porte était toujours ouverte. Ils l'ont forcément vu venir me chercher", se souvient la jeune femme au micro d'Europe 1. "Le mercredi ou le week-end, il donnait de l'argent à ma mère pour qu'elle aille faire des courses ou pour qu'elle ne soit pas au domicile. Les faits se passaient, et pendant les vacances scolaires, c'était encore plus fréquent".

"Ils m'ont menacée". Après chaque viol, Karine raconte que son bourreau lui achetait des cadeaux. "Je me souviens que j'avais peur de lui mais qu'il m'avait dit que je ne devais pas le dire, que c'était un secret. Je ne pensais pas que c'était quelque chose d'interdit, qu'on ne faisait pas ça aux enfants", se rappelle-t-elle, ajoutant que ses parents cautionnaient ces viols. "Ma mère biologique m'a vue à plusieurs reprises nue dans le clic-clac avec lui. Quand j'étais interrogée par la police, ils m'ont menacée en disant que je ne devais pas dire ce que Roland me faisait subir. S'ils n'étaient pas au courant, ils ne m'auraient jamais dit ça".

"J'aimerais qu'ils avouent". La jeune femme espère se reconstruire à travers ce procès. "Tout ce que j'ai subi est incompréhensible sachant que j'étais suivie par les services sociaux et la justice", confie-t-elle mardi sur Europe 1. "J'aimerais qu'ils disent la vérité. Que mes parents, que la personne qui m'a violée avouent ce qu'ils ont fait pour que ce poids parte et que je puisse vivre".