À Chanteloup, "il y a toujours de l'espoir, il faut croire en ces jeunes"

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Redouane Aatillah était l'un des "Messagers" de Chanteloup-les-Vignes dans les années 1990
Redouane Aatillah était l'un des "Messagers" de Chanteloup-les-Vignes dans les années 1990 © Europe 1 / Marie-Laure Combes
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Dans les années 1990, Redouane Attillah était un "Messager" à Chanteloup. Cette ville des Yvelines, où Matthieu Kassovitz avait posé ses caméras pour tourner La Haine, traînait une mauvaise réputation. Trente ans après, ce "grand frère" nous confie l'espoir qu'il a de sortir les jeunes de la spirale du désœuvrement.
INTERVIEW

Dans les années 1990, vous étiez une sorte de médiateur à Chanteloup. Quel était votre rôle ?
Le nom que nous avions donné à notre association au départ, c’était Les Messagers. On passait un message aux plus jeunes, aux petits frères. On leur disait de ne pas faire de conneries : ne pas faire de cambriolage, ne pas fumer, ne pas fréquenter les mauvaises personnes, aller à l’école le matin, écouter les parents, respecter les personnes âgées, ne pas faire de bêtises, ne pas casser les vitres des trains ou tirer les systèmes d’alarme, etc. L’objectif, c’était que notre ville reste propre.

Et puis ça a grandi, c’est devenu "Les grands frères", puis les emplois Juppé… Beaucoup d’entre nous ont ensuite travaillé comme médiateurs pour la RATP ou la SNCF.

En 1994, Matthieu Kassovitz a tourné La Haine à Chanteloup. Qu’est-ce que le film vous a apporté ?
C’était une fierté, c’était super ! Nous on ne voyait ça qu’à la télé. On regardait les films, quand ils tiraient une balle on croyait que c’était une vraie ! Quand Mathieu Kassovitz et ses acteurs sont venus tourner le film, on a vu les trucages, les cascades… On a compris comment ça se passe pour un film. Le film La Haine a rendu pas mal de gens heureux à Chanteloup. Il y a même l’un de nous qui a continué à les suivre, à apprendre, et aujourd’hui il est acteur.

Dans ces années-là, Chanteloup avait une réputation sulfureuse. Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Chanteloup n’était pas une ville hyper violente, pas du tout. On en entendait beaucoup parler mais c’était une petite ville. Aujourd’hui, on est plus de 15.000 habitants. Dans les années 1980, on était 5.000. Chanteloup n’a pas changé. C’est juste qu’il y a plus de jeunes, mais personne n’arrive à les comprendre. Personne ne va vers eux pour les prendre par la main et leur demander ce qu’ils veulent faire.

Il y a des jeunes qui veulent travailler, s’en sortir. On leur dit d’aller à Pole Emploi. Ils y vont une fois, deux fois, trois fois, mais ils ne trouvent rien. Ils vont voir des patrons, qui ne les rappellent jamais. Donc ces jeunes restent en ville. Mais ce n’est pas pour ça que ce sont de mauvaises personnes.

Entendu sur europe1 :
Beaucoup de jeunes ne savent pas ce qu’ils veulent faire dans la vie. Mais si on leur montre le chemin, peut-être que ça va leur plaire, ils vont s’intégrer, se mettre à fond et réussir

Les jeunes, il faut les prendre par la main mais ici, à 14 ou 15 ans, on les jette de l’école. Il faut qu’ils en retrouvent une autre, mais où ? À Mantes-la-Jolie, aux Mureaux, à Achères ? Vous imaginez un jeune qui va se lever à 6h du matin pour aller à l’école, à 15 ans ? C’est pas possible…

Ils sont sur la place, à 5 ou 6 et ils n’ont rien à faire. S’il y en a un qui a une mauvaise idée, les autres vont le suivre… Mais si on avait 2, 3 ou 4 personnes, comme les Messagers autrefois, ils iraient vers eux pour les prendre par la main. Beaucoup de jeunes ne savent pas ce qu’ils veulent faire dans la vie. Mais si on leur montre le chemin, peut-être que ça va leur plaire, ils vont s’intégrer, se mettre à fond et réussir. On a des boxeurs, des footballeurs, des maçons… On a plein de jeunes qui veulent reconstruire le chapiteau qui a brûlé. Pourquoi ? Pour se trouver une activité. Mais ces jeunes-là on ne leur en donne pas l’occasion…

Vous semblez défaitiste ?
Il y a toujours de l’espoir. Il faut juste des gens qui s’investissent, qui croient en ces jeunes-là et qui vont vers eux. Il ne faut pas parler d’eux de loin, les montrer du doigt. S’il y a des gens qui vont vers eux, les comprennent, se mettent avec eux autour d’une table, alors au moins 8 sur 10 s’en sortiront et suivront la parole de ceux qui veulent bien les aider. Il faut juste leur dire : "Vas-y, tu peux trouver un travail, passer ton permis, avoir un diplôme… Tu peux y arriver mais ce n’est pas en restant dans ton quartier que tu vas devenir quelqu’un !"