On a visité le chantier de l'EPR de Flamanville

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Le premier réacteur de troisième génération construit en France devrait entrer en service en 2021, au plus tôt.
Le premier réacteur de troisième génération construit en France devrait entrer en service en 2021, au plus tôt.
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Un chantier colossal, un réacteur de nouvelle génération, mais aussi des surcoûts et retards de construction : l'EPR de Flamanville est au cœur de l'actualité depuis dix ans. Europe 1 l'a visité pour vous.
REPORTAGE

C’est un colosse de béton… aux pieds d’argile. L’EPR de Flamanville est un concentré de haute technologie, pourtant, sa mise en marche pourrait encore être retardée de plusieurs mois à cause de soudures défectueuses. Un colosse imposant, sur les côtes du Cotentin. Le réacteur nucléaire est le plus puissant et plus sécurisé, ce réacteur à eau pressurisée de dernière génération a été conçu pour résister à toutes les catastrophes. Sa capacité de 1.600 MW (contre 1.000 pour les réacteurs des précédentes générations) devrait lui permettre de "produire 24 heures sur 24 l'équivalent de la consommation de la ville de Paris", avance Laurent Thieffry, directeur du projet de l'EPR depuis 2015, qui nous a guidés dans le réacteur.

Maintenir "la radioactivité à l'intérieur du bâtiment réacteur" en cas d'accident grave

Si le réacteur EPR de Flamanville fonctionne comme une centrale classique, il est également un concentré de nouvelle technologie. Sous la cuve du réacteur par exemple : une immense salle au sol ultra-résistant destiné à accueillir ce que les experts appellent le corium, du nom du magma métallique qui peut se former en cas d'accident nucléaire.  Le béton a nécessité "15 ans de recherche et développement", lance Laurent Thieffry.

Ce béton a vocation à être grignoté par le corium à vitesse lente et à le refroidir pour le transformer en lave très compacte. "C'est l'un des grands apports du réacteur EPR : en cas d'accident grave, on maintient la radioactivité à l'intérieur du bâtiment réacteur", développe celui qui dirige le chantier depuis 2015.

Autre nouveauté : la piscine de 2.000 mètres cubes d'eau qui peut servir, elle aussi, à refroidir le corium, est contenue dans le bâtiment réacteur, ce qui n'est pas le cas pour les anciens réacteurs.

Plus haut, dans le bâtiment du réacteur, à 28 mètres du sol, le dôme impressionne. Avec son double coffrage en béton, il doit permettre au réacteur de résister aux plus grandes catastrophes : crash d'avion, séisme ou événements climatiques.

Une salle de commande entièrement informatisée

Plus loin, dans la salle de commande du réacteur, des tests de "basculement de source électrique" sont menés. En clair, cela doit permettre à cette salle entièrement informatisée de changer automatiquement de source d'alimentation en cas de perte d'alimentation électrique. L’objectif est de "garantir une continuité de fonctionnement de l'installation", explique Laurent Thieffry. En cas de panne du système numérique, il existe même un tableau de commande "plus conventionnel, qui permet de ramener le réacteur dans un état sûr", poursuit-t-il.

La salle des commandes de l'EPR de Flamanville, entièrement automatisée, peut changer de source d'alimentation électrique en cas de panne.

© Maud Descamps / Europe 1

Mais si toute cette haute technologie est opérationnelle pour la mise en marche du réacteur, le démarrage pourrait être retardé d’encore plusieurs mois à cause de soudures mal faites. L’Autorité de sûreté nucléaire doit se prononcer fin juin sur le sujet. Si elle demande à EDF de les reprendre alors l’EPR -  qui a déjà huit ans de retard – ne pourrait entrer en service qu’en 2021, voire 2022. Quant à la facture déjà multipliée par trois (10,9 milliards d’euros au lieu des 3,5 milliards initialement prévus), elle pourrait être une nouvelle fois alourdit d’un milliard d’euros supplémentaires.