La transe chamanique sera-t-elle l'un des "futurs outils" de la psychiatrie ?

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D'abord regardée avec méfiance en occident, la transe chamanique est désormais étudiée par des scientifiques. Corine Sombrun, écrivaine et ethno-musicienne, y a été initiée en Mongolie. Elle raconte lundi sur Europe 1 comment l'étude de la transe pourrait aider la science.
INTERVIEW

"Il aura fallu dix ans pour reconnaître que ce n'était pas du tout un état psychopathologique", a observé lundi sur Europe 1 Corine Sombrun, écrivaine, ethno-musicienne et spécialiste de la transe chamanique, une pratique qu'elle découvre en Mongolie et qui est devenue l’objet d’études scientifiques. Au début des années 2000, elle se rend en Mongolie dans le cadre d'un reportage pour la BBC et assiste à une séance de transe chamanique, "au son d'un gros tambour qui fait à peu près un mètre de diamètre. Le chamane commence à jouer du tambour et ça fait un effet auquel je ne m'attendais pas du tout, c'est à dire que je me vois en train de sauter, bouger. Et puis surtout, il y a des sons qui sortent de ma gorge", raconte l'écrivaine.

Un phénomène dissociatif proche de l'hypnose

Elle est alors formée par intermittence pendant 8 ans à ce rite, qui lui semble intéressant d'étudier d'un point de vue scientifique. "Je ne ressentais quasiment pas la douleur et je vivais un phénomène dissociatif, c'est à dire que tout d'un coup, je me voyais en train de faire des choses que je n'avais pas décidé de faire". Pourtant au départ, les scientifiques sont peu réceptifs : "Le premier médecin que j'ai vu, quand je lui ai parlé de mon histoire, m'a donné une carte et m'a dit 'voilà, c'est un psychiatre'", se souvient Corine Sombrun.

Les premières recherches ont finalement lieu à Edmonton, au Canada. "Quand j'ai fait une démonstration devant des neuropsychiatres de l'hôpital d'Edmonton, j'arrivais à maîtriser l'auto induction de la transe. Je n'avais plus besoin de tambours. Quand ils ont vu ça, ils l'ont tout de suite comparé à des pathologies qu'ils connaissaient, la schizophrénie, le syndrome de personnalité multiple, etc."

Finalement dix ans plus tard, il est reconnu qu'il ne s'agit pas d'un état psychopathologique. "On a démontré par les recherches qu'on a mené ensuite à partir de 2007 que la transe est un phénomène cognitif. C'est un accès possible pour chacun de nous, un potentiel qui est en sommeil et qu'on sollicite. On a aussi démontré qu'il était possible de l'induire par la seule volonté".

Le phénomène serait donc assez proche de l'hypnose, par exemple. "C'est un état du cerveau qu'on ne connaissait pas et qui est un état dissociatif, certes, mais non pathologique, et probablement un des futurs outils que la psychiatrie pourrait utiliser dans la palette de ressources auxquelles elle pourrait se référer."

Réduire les douleurs

Autre application possible, la gestion de la douleur : "On va commencer une étude clinique en oncologie et voir si la pratique de la transe améliore au moins déjà leur qualité de vie. Et on a aussi commencé un protocole sur la douleur chronique car on s'est rendu compte, au travers de quelques tests pilotes, que la perception de la douleur avec la pratique de la transe s'apaisait petit à petit", détaille encore Corine Sombrun.

Enfin, un autre projet de recherche concerne les effets des drogues de synthèses et substances hallucinogènes, pour "voir qu'on est capable soi-même de produire les mêmes neurotransmetteurs que lorsqu'on prend du LSD ou de la MDMA", ce qui pourrait peut-être aider un jour dans le traitement de la toxicomanie.

Europe 1
Par Séverine Mermillod