L'épidémiologiste Dominique Costagliola Christophe ARCHAMBAULT 9:43
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Océane Herrero , modifié à
L'épidémiologiste Dominique Costagliola, Grand Prix de l'Inserm 2020, fait valoir l'importance de la méthode scientifique, même en temps de crise. Elle critique en creux les manquements supposés du professeur Didier Raoult, très critiqué par ses pairs en raison de sa défense d'un protocole à base d'hydroxychloroquine contre le Covid-19.
INTERVIEW

"Je pense que ce n'est pas un hasard...." Dominique Costagliola, épidémiologiste et directrice de recherche à l’INSERM, vient de recevoir l’une des plus hautes distinctions scientifiques françaises :  le Grand Prix de l’Inserm 2020. Et ce, exactement dix ans après le professeur Didier Raoult, auquel elle s'est frontalement opposée au cours de la crise sanitaire du coronavirus. Cette scientifique connue pour son franc-parler a évoqué, lundi au micro de Patrick Cohen, sa conception de la "mauvaise science".

Dominique Costagliola a en effet figuré parmi les signataires d'une tribune intitulée "Halte à la fraude scientifique", publiée le 2 septembre par Libération. Dans ce texte, plusieurs médecins et scientifiques s'attaquent à "quelques chercheurs minoritaires, mais surmédiatisés" qui ont "durablement déformé et altéré l'image de la science et de la recherche". Ciblant, sans le nommer, le professeur Didier Raoult qui n'a eu de cesse de recommander son traitement à base d'hydroxychloroquine à l'IHU du Marseille.

"Il faut la même sévérité que d'habitude"

"Je ne pense pas que l'on défende la science en croyant des gens qui se présentent comme scientifique", explique Dominique Costagliola. "Pour moi, la seule chose qui compte, c'est qu'ils produisent des données valides comme, par exemple, celles que l'on demande pour les vaccins. Il faut que les données soient scrutées avec la même sévérité que d'habitude. C'est la même chose pour tous les traitements."

L’infectiologue Didier Raoult fait l’objet de poursuites devant l’Ordre des médecins, qui lui reproche plusieurs entorses au code de déontologie : violation de la confraternité, information erronée du public, exposition à un risque injustifié, et même charlatanisme. "Les gens qui ne produisent pas de données valides, ils font de la mauvaise science", ajoute Dominique Costagliola."Il n'y a pas de raison de ne pas en produire, même dans un contexte d'urgence. C'est ce qui permet de savoir au plus vite si quelque chose fonctionne".