Des traces de vie sur Vénus ? "On en est très loin"

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Une équipe internationale de chercheurs a détecté la présence d’un gaz sur Vénus qui pourrait être source de vie. Mais pour le planétologue François Forget, cette découverte est "extrêmement spéculative" et nécessite des preuves supplémentaires.
INTERVIEW

Et si la planète Vénus renfermait des traces de vie ? Des scientifiques britanniques et américains ont soulevé cette hypothèse dans un article publié lundi dans la revue Nature Astronomy. Les chercheurs assurent avoir découvert la présence d’un gaz toxique, la phosphine, qui pourrait bien être la conséquence d’une forme de vie.

Mais plusieurs scientifiques ont exprimé leur scepticisme après cette annonce. Le planétologue François Forget, directeur de recherche au CNRS, a appelé à la prudence, mardi matin sur Europe 1. "L’un des gourous de notre spécialité, un Américain qui s'appelle Carl Sagan, avait dit qu'une affirmation extraordinaire, comme l'annonce de vie sur Vénus, ‘demande des preuves extraordinaires’. On en est très loin", a-t-il jugé.

Des traces de phosphine "en toutes petites quantités"

Les chercheurs ont découvert un gaz toxique, la phosphine, dans les couches nuageuses de Vénus. On en trouve sur Terre en petite quantité, notamment des marécages, des eaux humides ou des fumiers. D’après les scientifiques, la présence de ce composé pourrait, comme sur notre planète, provenir d’une forme de vie. Mais pour François Forget, les quantités de phosphine découvertes sur Vénus restent trop limitées pour en tirer des conclusions.

"Pour l'instant, c'est extrêmement spéculatif à double titre. Première question que l'on se pose : est-ce que la détection (de phosphine) est valable ?", se demande le planétologue, alors que la phosphine a été découverte par l’observation de l’atmosphère vénusienne à l’aide de deux radiotélescopes. "Là, on a détecté des toutes petites quantités. On est vraiment à la limite de ce qu'on peut faire avec les instruments. Je connais des collègues, spécialistes de cette méthode de détection, qui sont sceptiques et n'y croient pas", assure-t-il.  

Vénus, une planète "inhospitalière" où "rien ne survit"

Jusqu’ici, rien ne laissait présager d’une potentielle forme de vie sur Vénus, une planète où la température à la surface dépasse les 450 degrés, "très inhospitalière" et où "rien ne survit". "Mais si on monte en altitude, il fait un peu plus froid et à peu près vers 50-60 km, on a là une épaisse couche de nuages. La pression est à peu près comme sur Terre et la température y est de 0, 30 ou 50 degrés", détaille le planétologue.

"Et là, on a des gouttelettes dans les nuages. Ce ne sont pas des gouttelettes d'eau, mais plutôt d'acide sulfurique avec un peu d'eau. Dans cet environnement-là, depuis de nombreuses années déjà, on a spéculé que certaines bactéries terrestres très particulières, celles qui sont capables de vivre dans des conditions extrêmement acides, pourraient survivre", poursuit-il.

"Une autre hypothèse est que Vénus, qui aujourd'hui est un enfer en particulier à la surface, devait plutôt ressembler à la Terre il y a quelques milliards d'années. Il y avait peut-être un océan sur Vénus, la vie a peut-être émergé à cette époque-là dans des conditions beaucoup plus favorables, et peut-être qu'elle a survécu dans ces nuages. C'est une spéculation folle qui reste à prouver", prévient-il.

"Pas une preuve robuste de vie"

Mais alors, d’où cette phosphine pourrait-elle venir ? Les scientifiques à l’origine de cette annonce "ont envisagé toutes sortes de possibilités, par exemple des éclairs dans les nuages, du volcanisme, mais rien ne marche. Alors qu'est-ce-que ça peut être ? Sur Terre, la phosphine est produite par la vie, donc sur Vénus aussi c’est peut-être de la vie", explique le planétologue.

Les auteurs de l’étude en ont d’ailleurs convenu et insistent "sur le fait que la détection de phosphine n'est pas une preuve robuste de vie, seulement d'une chimie anormale et inexpliquée".

Envoyer une sonde pour vérifier cette hypothèse ?

Pour accréditer leur hypothèse, les scientifiques à l’origine de cette découverte plaident pour une observation plus poussée du phénomène, soit grâce à un télescope spatial, soit par l’envoi d’une sonde. Plusieurs projets d’exploration de Vénus sont actuellement à l’étude, comme l’a rappelé François Forget. Ainsi, deux des quatre missions en concurrence pour le prochain programme d'exploration du système solaire de la Nasa concernent cette planète.

L’Agence spatiale européenne (ESA) étudie elle aussi l’opportunité d’envoyer une mission sur Vénus. "On a dans nos cartons une collaboration avec les Indiens, qui ont le projet d'envoyer une mission autour de Vénus. On a l'idée, avec des collègues russes, d'envoyer un spectromètre capable de faire une détection très précise, pour prouver ou pas la présence de phosphine", a soutenu le planétologue. La course à l’exploration de Vénus ne fait que commencer.