Covid-19 : et si on optait pour un confinement alterné, une semaine sur deux ?

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Des scientifiques proposent une alternative au confinement total pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 : le confinement alterné. La population, divisée en deux groupes, serait confinée une semaine sur deux, en alternance. Une telle méthode diviserait les risques de contamination par quatre, selon les chercheurs, Nava Schumann, ​docteure en physique et invitée jeudi d'Europe 1.
INTERVIEW

La deuxième vague de l'épidémie de Covid-19 se poursuit en France. Depuis le 30 octobre, un deuxième confinement est en vigueur sur le territoire et devrait continuer jusqu'au début du mois de décembre, a minima. Pourtant, l'impact sur les Français n'est pas le même qu'au printemps dernier. Selon une étude, 60% des personnes interrogées reconnaissent avoir transgressé les règles sanitaires, soit 27 points de plus qu'en mars-avril. Certains scientifiques proposent une alternative à un confinement total. Nava Schumann, ​docteure en physique, chercheuse à Strasbourg et à l'Ecole polytechnique de Milan explique sur Europe 1 le concept d'un "confinement alterné". 

Des chances de contamination divisées par 4 

"Avec mes collègues mathématiciens, physiciens, virologues, on a imaginé élaborer une stratégie qui permettrait de contenir, voire stopper la propagation du virus tout en conservant une activité sociale, économique et culturelle conséquente et régulière", décrypte-t-elle. Le principe est simple : la population est divisée en deux groupes, confinés totalement une semaine sur deux, en alternance.

Une solution mathématique, selon la chercheuse, qui divise par quatre les chances de contamination. "Imaginons que chaque individu divise le temps où il est à l'extérieur par deux, ce qu'on fait en ne sortant qu'une semaine sur deux, alors on a déjà divisé par deux les chances d'être contaminé", explique Nava Schumann. "Ensuite, quand on est dehors, on ne rencontre que la moitié des gens que l'on a l'habitude de croiser, parce que le reste est confiné. Ce qui fait qu'on on a divisé par deux et encore une fois par deux, soit par 4 la chance d'être contaminé."

Autre aspect positif de cette solution à prendre en compte : le temps d'incubation de la maladie. "Imaginons que quelqu'un sorte la première semaine en étant contaminé : il n'est pas tout de suite contagieux car on sait bien que ce virus a un temps d'incubation qui dure à peu près 3, 4, 5 jours", souligne la chercheuse. "Ce qui veut dire qu'il peut continuer à travailler sans contaminer les gens autour de lui et qu'il ne va commencer à être contagieux que pendant la deuxième semaine où, de toute manière, il est confiné". Une méthode qui isolerait donc systématiquement les personnes contagieuses, sans efforts supplémentaires.

Une meilleure acceptation de la population ? 

La semaine de confinement serait une quarantaine totale pour les individus, tandis que les semaines "de sorties" permettraient de vivre quasi-normalement. Les bars, restaurants et autres commerces seraient ouverts. Malgré tout, des ajustement peuvent être réalisés. "On peut aller plus loin dans les régions très touchées, mais dans le principe, notre modèle assume ça. On a une activité complète pour la deuxième semaine", assure Nava Schumann. 

L'enjeu est d'éviter les contaminations au sein du foyer. Il s'agit donc de regrouper les personnes vivant ensemble sur la même semaine. "On risque de se retrouver avec des groupes qui ne sont pas complétement égaux, mais ce n'est pas grave. La méthode tient quand même", précise la chercheuse. Un article devrait paraître prochainement dans la revue académique Nature Communication, pour détailler davantage le concept. 

Si une telle solution peut sembler complexe à mettre en œuvre à l'échelle d'un pays, Nava Schumann se veut rassurante. Les écoles et entreprises devraient s'organiser selon les groupes, une application pourrait être développée pour déterminer son groupe et ses droits, suivant les semaines, mais l'adhésion de la population à ce nouveau type de confinement pourrait être plus forte. "On parle ici d'une méthode qui est déjà plus facile à accepter par la population parce qu'elle est rationnelle, logique", explique-t-elle. "Psychologiquement, c'est plus facile de se dire 'OK cette semaine, je suis confiné mais la semaine prochaine, je peux sortir pour faire mes courses et pour travailler', plutôt qu'avoir un confinement à durée indéterminée", conclut-elle.

Europe 1
Par Mathilde Durand