Un projet de l'ARS visant à réquisitionner des professionnels pour assurer des gardes dans des maternités voisines dépourvues de personnel fait l'objet de vives contestations de la part de sociétés savantes de médecine. Dans un communiqué, elles demandent à l'Etat de rejeter cette proposition.
Des sociétés savantes de médecine dénoncent un projet de l'ARS Nouvelle-Aquitaine de réquisitionner des professionnels pour assurer des gardes dans des maternités voisines dépourvues de personnel, une "communication volontairement alarmiste", regrette mardi l'agence régionale de santé pour qui l'usage de cet "outil" sera "rarissime".
Dans un communiqué commun, publié lundi, cinq sociétés de médecine demandent à l'État de rejeter cette proposition présentée par l'ARS aux professionnels néo-aquitains début mars, après l'ouverture d'un chantier national pour faire reculer la mortalité infantile en France, un des pays de l'Union européenne les plus touchés.
Le ministère de la Santé a indiqué à l'AFP avoir connaissance de "cette prise de position syndicale". "L'enjeu du renforcement des ressources humaines dans les maternités" a d'ailleurs été évoqué vendredi, lors d'un premier rendez-vous avec quatre personnalités qualifiées chargées d'élaborer des mesures, "pour que des effectifs bien coordonnés et suffisants soient présents dans chaque territoire, permettant de ne plus recourir à des réquisitions", ajoute-t-il.
"Nouvelles surcharges de travail", "temps de transports additionnels"...
Les sociétés savantes de médecine périnatale, des gynécologues-obstétriciens ou d'anesthésistes-réanimateurs craignent que les "établissements qui tiennent encore debout" ne se retrouvent "à leur tour en grave tension" s'ils doivent "jouer les 'bouche-trous'".
Elles dénoncent également de "nouvelles surcharges de travail", des "temps de transports additionnels" et "des difficultés de recrutement encore accrues" dans "les services qui doivent assurer la permanence des soins". Elles redoutent aussi que d'autres ARS ne dupliquent la mesure, "sous couvert d'éviter la fermeture temporaire ou définitive de maternités".
"C'est un plan régional initié par l'ARS", ne concernant que la Nouvelle-Aquitaine "à ce stade", selon le ministère, qui assure que les réquisitions "sont envisagées en ultime recours". Benoît Elleboode, directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine confirme à l'AFP qu'il s'agit d'un "outil" à l'usage "rarissime", "quand on aura tout essayé avant".
Une "communication volontairement alarmiste"
Dans un document, consulté par l'AFP, l'ARS évoque d'abord une réorganisation des ressources humaines à l'échelle régionale, puis un appel préalable à la "solidarité" des médecins pour renforcer les maternités voisines en difficulté.
Benoît Elleboode regrette une "communication volontairement alarmiste" des médecins, "parce qu'il est hors de question de réquisitionner dès lors qu'une petite maternité a un problème; on suspendra d'abord l'activité". Plusieurs petites maternités de Nouvelle-Aquitaine ont dû fermer quelques jours ou semaines ces dernières années par manque d'effectifs.
En revanche, pour les établissements plus importants, la priorité est bien la continuité des soins. "Si on doit suspendre l'activité de ces maternités-là pour ne pas réquisitionner, les femmes devront quitter le département pour accoucher en ayant été prévenues deux jours à l'avance", avance Benoît Elleboode qui veut éviter "de faire faire 1H30 de route à une femme enceinte".
Il veut "anticiper" pour éviter "d'avoir à gérer des situations dans la précipitation à Noël ou lors du 15 août" et "ne pas réquisitionner n'importe comment". La Nouvelle-Aquitaine compte 42 maternités pour plus de 6 millions d'habitants, dont la moitié sont des établissements de type 1, permettant la prise en charge des grossesses "à bas risque". Elles assurent un quart des naissances de la région.