Comment lutter contre l'antibiorésistance ?

  • A
  • A
© AFP
Partagez sur :
À l'occasion de la semaine mondiale pour un bon usage des antibiotiques, l'équipe de "Sans Rendez-vous" a reçu le professeur France Roblot, cheffe du service infectiologie au CHU de Poitiers. Elle revient sur les pistes actuelles pour lutter contre l'antibiorésistance.
EUROPE 1 VOUS ACCOMPAGNE

Au concours du plus mauvais élève de l'Europe en termes de consommation d'antibiotiques, la France arrive troisième, juste derrière la Grèce et Chypre. Une surconsommation qui permet à des bactéries de s'adapter, et de résister ensuite aux effets de ces médicaments. L'antibiorésistance pourrait ainsi faire plus de morts en 2050 que le cancer. Alors comment lutter contre ? Le professeur France Roblot, cheffe du service infectiologie au CHU de Poitiers, a donné quelques pistes au micro de Mélanie Gomez, sur Europe 1.

En France, environ 12.500 cas de décès par an sont estimés liés à des bactéries résistantes. "En tout cas, des milliers de patients meurent d'infections liées à des bactéries résistantes. S'ils meurent, "c'est bien souvent parce qu'on est en situation d'impasse thérapeutique", constate France Roblot, et que le corps médical ne trouve plus de traitements qui fonctionnent. Et contrairement aux idées reçues, ces bactéries ne s'attrapent pas qu'à l'hôpital.

"Ces bactéries sont pour l'essentiel dans notre flore, notre microbiote, dans notre tube digestif, sur notre peau. Les bactéries résistantes, ce sont nous qui les hébergeons", insiste la professeure, pour qui la première étape de la lutte consiste en la prise de conscience de chacun.

"86% des Français jugent l'antibiorésistance inquiétante, mais 63% pensent que ça ne les concerne pas. On voit des situations incroyables où des femmes jeunes, qui n'ont aucun terrain particulier, vont faire une cystite due à des bactéries extrêmement résistantes. Elles vont être obligées d'aller à l’hôpital pour recevoir des antibiotiques, pour une infection qui pourrait normalement être traitée par le médecin généraliste."

Ne pas réutiliser ses médicaments, suivre son traitement jusqu'au bout

La cheffe de service insiste donc sur l'importance du diagnostic, d'autant plus que, comme le rappelle le docteur Jimmy Mohamed, 30 à 50% des prescriptions d'antibiotiques fournies par des médecins généralistes sont inadaptées.

Pour France Roblot, "seul le médecin peut déterminer s'il faut prescrire ou non des antibiotiques", pas le patient. Il ne faut donc pas réutiliser ses médicaments sans avis médical s'il nous en reste, et surtout respecter "à la fois la dose et la durée du traitement", rappelle-t-elle.

"Il ne faut surtout pas sous-doser son traitement. Si l'on vous dit qu'il faut le prendre deux fois par jour, il ne faut pas s'amuser à le prendre une seule fois. Sinon on crée le terrain idéal pour détruire toutes les bactéries les plus sensibles et ne laisser survivre que les plus résistantes." 

Dispenser les médicaments à l'unité

Pour réduire l'antibiorésistance, une autre piste consiste à dispenser le médicament à l'unité. "Cela a été testé dans le Sud-Est, et on a constaté une diminution de 13% du nombre de comprimés ou gélules délivrés, et on a même amélioré de façon marginale l'observance thérapeutique", assure la professeure Roblot. Si l'on ne sait pas encore si cette expérimentation pourrait être généralisée ailleurs en France, la piste est prometteuse, et "c'est une recommandation européenne".

Vaccins, phages : des pistes pour la recherche

Du côté de la recherche, plusieurs projets sont dans les tuyaux. De nouveaux antibiotiques sont à l'étude, qui utilisent un mode d'action différent des précédents et ne seront donc pas sensibles aux mêmes résistances. On revient aussi aujourd'hui à la phagothérapie, qui en réalité existe depuis longtemps.

"Les phages sont des virus spécifiques d'une bactérie responsable d'une infection, et capables de la détruire. On ne sait pas en fabriquer pour toutes les bactéries. Mais des études sont en cours, et certaines personnes ont reçu des phages avec beaucoup de succès", témoigne France Roblot. "On a aussi des essais en cours sur des vaccins contre des souches de staphylocoques ou de colibacilles, qui sont des bactéries qui peuvent être très résistantes".

Europe 1
Par Séverine Mermilliod