LA QUESTION SEXO - Quelle est l'influence des menstruations sur la sexualité ?

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Dans "Sans Rendez-vous", la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc évoque le lien entre sexualité et cycle hormonal. La période des menstruations, puisqu'elle est incompatible avec la fécondation, a longtemps été mise à l'écart. Faire l'amour pendant les règles est possible mais de la gêne psychologique perdure chez certains. 

>> Les règles, puisqu'elles se manifestent par un écoulement de sang, peuvent sembler indiquer une impossibilité d'avoir un rapport sexuel. Une idée erronée explique la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc dans "Sans Rendez-vous". Elle rappelle toutefois que le cycle hormonal a longtemps été stigmatisé. Si c'est moins le cas aujourd'hui et qu'il n'y a pas, a priori, d'impossibilité physique, l'homme comme la femme peuvent éprouver une gêne d'ordre psychologique à l'idée d'avoir un rapport pendant cette période.  

La question :

On a tendance à penser que lorsque les règles sont là on met forcément sa sexualité entre parenthèses. Est-ce que c'est vraiment le cas ?

La réponse de Catherine Blanc

D'abord, il faut comprendre pourquoi on la met entre parenthèses. Historiquement, les grandes religions, notamment, mettent de côté la femme quand elle est réglée. Dans certains lieux de culte, elle ne rentre pas pour cette raison-là. Puisque le temps des règles n'est pas un moment de fécondation et que la sexualité est le moyen de la fécondation, cette période la met en marge du cadre de la question reproductive.

À partir du moment où nous avons dissocié sexualité reproductive et de plaisir, la question de la faisabilité s'est reposée. Et cela devient un arbitrage propre à chacun. On peut par exemple arguer du risque de contamination plus important dès lors qu'il y a du sang. Cela justifie qu'à ce titre on puisse mettre entre parenthèses ce temps.

Le désir de la femme est-il modifié au moment du cycle ?

Les études montrent que le désir est plus important dès lors qu'une femme est en phase d'ovulation, pour des raisons hormonales. Sauf que la psychologie vient parfois bousculer les choses. Il y a des femmes qui, dès lors qu'elles sont réglées, n'ont aucun désir. La difficulté, la souffrance ou l'inconfort physique que peuvent engendrer les règles ne favorisent pas une envie de sexualité.

D'autres, quand elles ovulent, ce qui pourrait être un moment d'"optimum" pour la sexualité, ne sont pas bien non plus parce que le projet de la maternité que cela représente peut être source d'anxiété. Ces femmes vont donc systématique l'éviter. Il y a donc la réalité physiologique, avec ses possibilités, mais aussi tous les détournements psychologiques que nous pouvons mettre en œuvre pour éviter ou au contraire satisfaire ce que la nature propose.

Est ce que les hormones dirigent la libido et peuvent la perturber ?

Oui, bien sûr. On est capable de se programmer envers et contre tout mais la sexualité n'est pas qu'une question de projet, c'est aussi un élan du corps. C'est d'ailleurs toute la difficulté de la ménopause. On le voit aussi chez les femmes qui sont en aménorrhée, elles sont très sèches, souvent très maigres. Dans ces situations, le corps a du mal à fabriquer ses hormones pour être en confort, ce qui crée un faible disponibilité.

Ce n'est toutefois pas qu'une histoire hormonale sinon tout s'arrêterait à la ménopause. Mais elles sont extrêmement participantes non seulement de l'élan, mais aussi du bon fonctionnement, en particulier de la lubrification.

En définitive, les rapports sexuels sont ils possibles pendant les règles ?

Quand une femme est excitée, le fait qu'elle soit très lubrifiée a tendance à stopper le flux sanguin. C''est donc en général plutôt retenu. Néanmoins, il y a des pertes de sang. Et dans l'imaginaire de tous, cela peut être très angoissant. Chez l'homme d'une part, car faire l'amour à une femme qui est réglée peut susciter la crainte d'être dangereux pour elle, de lui faire du mal, puisqu'il y a une preuve sanguinolente. Pour d'autres, cela va nourrir leurs fantasmes de déflorer leur partenaire, même si celle-ci n'est pas vierge.

D'autre part, pour certaines femmes, les menstruations représentent une idée de ce qu'elles contiennent. Et ce n'est pas quelque chose qu'elles ont forcément envie de partager. Une femme s'appartient et elle ne doit pas se laisser imposer quelque chose qui ne participerait pas de son élan. Et elle ne doit pas non plus l'imposer à un homme qui a le droit d'être dérangé.

Europe 1
Par Catherine Blanc