LA QUESTION SEXO - Quel est l'intérêt de faire des suçons ?

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Dans l'émission "Sans rendez-vous" vendredi sur Europe 1, la psychanalyste et sexologue Catherine Blanc répond à un auditeur, Mike, qui se demande à quoi servent les suçons. La spécialiste lui explique que c'est la traduction d'une volonté de marquer son territoire sur son partenaire.

Une écharpe ou un col bien remonté permettent souvent de dissimuler les suçons. Ces petites ecchymoses temporaires, qui surviennent par succion, sont le plus souvent réalisées par jeu érotique. Généralement ce sont les adolescents qui les pratiquent mais les adultes peuvent aussi s'y adonner. Sur Europe 1, lundi, Mike interroge Catherine Blanc sur l'intérêt que peut avoir cette pratique très visible qui peut susciter la gêne de son porteur. La sexologue et psychanalyste explique dans "Sans Rendez-vous" que c'est une matérialisation de l'appartenance qui est en jeu. 

La question de Mike 

"Un collègue est venu au travail avec trois énormes suçons. Il était très gêné et contrarié de la situation. Quel est l'intérêt de faire un suçon à quelqu'un ?" 

La réponse de Catherine Blanc

"C'est assez mignon. C'est une façon de marquer son territoire, de marquer l'autre de son empreinte. On montre qu'il est avec quelqu'un. On traduit par une marque visible ce qui s'est joué. Personne ne peut l'ignorer puisque la marque se trouve dans une zone un peu intime comme le cou.

Il y a aussi l'idée et le désir de manger l'autre. C'est une manière de le mettre sous son emprise, un peu à la Dracula. Le suçon c'est vouloir cette appropriation, transformer l'autre et le faire sien. Et évidemment ça laisse la marque visible aux yeux de tous, avec la gêne que cela suscite puisque cela témoigne de cette intimité partagée. Il y a une idée d'appartenance, et une volonté de raconter une histoire ou un vécu que l'on a ou pas.

On peut donc prendre du plaisir lorsqu'on fait un suçon ? Quelle différence avec une morsure ?

Il y a aussi la dimension de la tétée de la peau de l'autre. Ça renvoie à des choses très primitives de notre relation à l'autre. On ne va pas nécessairement prendre du plaisir, mais on peut, cela dépend où le suçon est fait. Cela peut aussi procurer des frissons. 

Passé un certain âge, le suçon ne devient-il pas un peu trop gênant ? 

Le sentiment de vouloir que l'autre nous appartienne est effectivement très immature. On le voit assez classiquement chez les ados et quasi exclusivement chez eux. Mais il y a des résurgences chez les adultes de ce manque de maturité, de ce besoin d'appropriation. Pour certains, c'est avec le parfum. Mais cela fait partie de quelque chose de très érotique. Je me souviens d'une personne célèbre qui disait de son partenaire tout aussi célèbre : "J'aime sa façon de m'indiquer et d'indiquer aux autres que je lui appartiens". Ça fait partie du fantasme de certains. 

Si l'on voit son adolescent avec un suçon, doit-on le lui faire remarquer ? Est-ce quelque chose de grave ?

Non, ce n'est pas grave dans la mesure où c'est consenti et où c'est un jeu. De toute façon, le suçon disparaîtra. Je pense qu'il y a deux possibilités. Soit on sent que son ado n'a pas envie de l'exposer et on peut alors faire comme si on ne l'avait pas vu. On n'est pas obligé de partager son intimité.

On peut aussi se dire que puisqu'il l'expose cela peut être l'occasion d'un échange, saluer le fait qu'il partage une intimité avec quelqu'un et lui demander si ces marques visibles font partie de ce dont il avait envie. Cela revient à lui poser la question : "Est-ce que ça te fait plaisir d'exposer ça ou est-ce que tu veux le masquer ?". D'ailleurs, le masquer ne veut pas dire que c'est une honte. Cela peut donc être l'occasion de parler de la relation d'intimité, qui ne signifie pas forcément mélange ou perte de son identité personnelle."

Europe 1
Par Catherine Blanc