LA QUESTION SEXO - La mère est-elle déterminante dans la transmission de la féminité ?

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Mère fille
La mère est-elle déterminante dans la transmission de la féminité ? © LOIC VENANCE / AFP
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Dans l'émission "Sans Rendez-Vous", la sexologue et psychanalyste Catherine Blanc répond à Christelle, 37 ans, qui s'interroge sur sa féminité. Elevée par son père, en raison du décès de sa mère alors qu'elle était encore une jeune fille, elle s'interroge sur un possible manque de transmission. 

Comment définir sa féminité ? A quoi correspond-t-elle ? Christelle s'interroge à l'aube de ses quarante ans. Sa maman étant décédée alors qu'elle n'était encore qu'une jeune fille, elle fait le lien entre cette disparition et ses questionnements quant à sa féminité. Dans "Sans Rendez-Vous", sur Europe 1, Catherine Blanc, sexologue, lui répond. Elle rappelle notamment que la mère n'est pas le seul modèle de référence pour un enfant, qui se construit via une multitude de référentiels offerts par la société. De plus, la féminité est une idée multiple, tout comme la masculinité. Des notions avec lesquelles chacun compose de son mieux.

La question de Christelle

"J'ai perdu ma maman lorsque j'étais jeune fille et j'ai été élevée par mon père. Aujourd'hui, je réalise à 37 ans que j'ai du mal à définir ma féminité. Qu'en pensez-vous ? La mère est-elle déterminante dans la transmission de la féminité ?"

La réponse de Catherine Blanc

"Oui et non. Si cette maman était encore de ce monde, cela ne voudrait pas pour autant dire qu'elle serait en compétence de transmettre une paisibilité quant à sa position de femme et sa compétence à transmettre des signes, des valeurs ou des forces à son enfant. On fait ce qu'on peut les unes et les autres, avec notre féminité et, dans le meilleur des cas, nous arrivons à distiller une idée de puissance de ce genre féminin. Une idée des codes du féminin, des compétence qu'il ouvre. 

Quand une maman n'est plus, c'est le papa qui se charge de l'éducation. Mais il n'est pas non plus exempt d'un regard sur les femmes. Il ne suffit pas d'avoir un modèle pour se caler ou se calquer sur ce modèle. Par son essence d'homme, le père va apporter une lecture du masculin qui est la sienne, mais il va aussi regarder le monde et regarder le monde des femmes. Et du coup, transmettre ses valeurs à son enfant."

Une pluralité de modèles

"Il y a bien sûr la sphère familiale qui nous permet de nous construire dans notre féminité, mais nous sommes aussi dans une société où il est possible, en fonction de notre curiosité, d'aller chercher des modèles extérieurs pour s'appuyer et s'enrichir. Le regard de la société sur les femmes, ce n'est pas qu'une histoire familiale. 

Nos parents sont majeurs, surtout dans une société où l'on vit en petit comité. On n'est plus, ou peu, dans des modèles de familles, composées de plusieurs générations, entre grands-parents, frères et sœurs, cousins et cousines, vivant dans une grande proximité et offrant une quantité importante de modèles.

Alors, heureusement, il y a les maîtres et maîtresse d'école, il y a les autres adultes, les parents de nos amis, qui vont jouer aussi un rôle porteur important. Plus on est dans des petits réseaux, plus on avance, plus on est limité dans nos référentiels. Mais l'enfant est curieux et laissons lui la liberté d'aller grandir.

Par exemple, une petite fille éduquée par deux papas aura deux modèles paternels, deux visions de virilité différentes. Et ces derniers ont des sœurs, des mères, des amies. Cela ne fera pas de cet enfant un "garçon manqué". D'ailleurs, il n'y a pas de 'garçon manqué', que des 'filles réussies'."

C'est quoi, la féminité ?

"Il n'y en a pas un seul modèle, évidemment. La féminité c'est d'abord être en paix avec son corps, avec son sexe et créatif dans sa compétence à en jouir, pas seulement sexuellement. C'est aussi décider de ce que mon sexe, mon genre, me permet : faire des enfants, par exemple, mais pas nécessairement non plus.

Les lectures de féminité ne se résument pas à une fonction. C'est simplement d'être en paix avec ce que l'on est, pas dans le déni, sans avoir le sentiment que c'est une injonction permanente, venue de l'extérieur qui nous contraint à nous limiter. L'erreur est de penser qu'il y a des attributions émotionnelles et de compétences à un sexe, pas un autre.

Christelle fait le lien entre la disparition de sa maman et la remise en question de sa féminité. Et peut-être à raison, mais ce sont surtout ses doutes quant à elle-même : sa tranquillité ou l'intranquillité dans son lien amoureux, dans sa sexualité, dans son aisance… L'impression d'un manque de légitimité parce qu'il lui manque des référents, parce qu'elle a eu le sentiment d'avancer un peu en boitant puisqu'il lui manquait un parent référentiel et que, du coup, elle en a fait une idée d'incomplétude.

C'est le lot de tous : nous évoluons dans notre vie, en grandissant et en se nourrissant. Notre compétence à nous sentir homme et femme tout au long de notre existence n'est pas acquise dès le départ."

Europe 1
Par Catherine Blanc