LA QUESTION SEXO - J'ai peur que mon fils de 17 ans n'attrape une IST, dois-je lui en parler ?

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Dans l'émission "Sans rendez-vous" vendredi sur Europe 1, Catherine Blanc répond à une auditrice, Marjorie, qui raconte qu'elle dépose régulièrement des préservatifs sur le lit de son fils de 17 ans car elle craint qu'il n'attrape une infection sexuellement transmissible. Marjorie se demande comment aborder sa peur avec son fils.

Difficile pour certains parents d'aborder le thème de la sexualité avec leurs ados. Dans l’émission Sans rendez-vous vendredi sur Europe 1, Catherine Blanc répond à la question d'une auditrice, Marjorie, qui se demande comment aborder avec son fils la question des infections sexuellement transmissibles. Marjorie a peur que son fils en attrape une, donc elle lui laisse régulièrement des préservatifs sur son lit, sans pour autant connaître sa vie sexuelle.

La question de Marjorie

"J'ai pris l'habitude d'acheter des préservatifs et de les déposer sur le lit de mon fils qui a 17 ans. Je ne connais rien à sa vie sexuelle mais j'ai tellement peur qu'il attrape une maladie grave ! Pensez-vous que je doive lui en parler ?"

La réponse de Catherine Blanc

"Évidemment, le rôle d'un parent, c'est de protéger son enfant. Simplement, le protéger, ce n'est pas l'empêcher, c'est lui donner tous les moyens de sa liberté. Poser des préservatifs sur le lit de l'adolescent, c'est quand même une façon curieuse d'agir, d'autant plus qu'elle ne sait rien et que l'adolescent ne lui a pas demandé de préservatifs. C'est comme une injonction à faire l'amour.

Certes, elle informe ainsi son fils qu'il y a un risque et qu'il faut un préservatif pour s'en protéger. Mais cette maman, en posant des préservatifs sur le lit, donne aussi l'impression à son enfant qu'il est censé être sexuellement actif, ce qui n'est pas très souhaitable puisque l'enfant peut ne pas être dans ce timing. Et il peut avoir le sentiment que sa maman participe à sa sexualité, ce qui n'est pas idéal en termes fantasmatiques.

Je crois qu'il faut d'abord que cette maman s'interroge sur les peurs qui sont les siennes, quelles sont les peurs fondées et infondées. D'ailleurs, pourquoi serait-ce à elle et non à s'en mari d'en parler à leur fils ? Pourquoi n'est-ce pas une conversation d'hommes autour de la sexualité masculine puisque le fils est un garçon ? Et pourquoi a-t-elle peur d'en parler à son fils ?

Comment peut-on ouvrir la discussion ?

On peut dire : 'Je ne sais pas où tu en es chéri concernant ta sexualité mais si tu as besoin d'avoir des conseils, tu sais que la sexualité n'est pas quelque chose d'anodin, que tu dois te protéger et protéger ta partenaire. Tu sais que les préservatifs sont là pour ça. Si tu n'en a pas les moyens, je peux te les acheter ou te donner des sous.' Cette dernière option me semble être la meilleure. Il pourra ainsi faire l'expérience de s'acheter ses préservatifs. Parce que sinon, demain, quand maman n'en achètera plus, il ne faut pas que ce soit systématiquement sa petite copine qui lui en achète.

N'est-ce pas étrange de laisser des préservatifs sur son lit comme ça ?

C'est étrange parce que la sexualité est par essence l'expression d'une liberté, celle de l'adulte, celle de l'infidélité aux parents... C'est donc un moment d'envol. Or, lui laisser des préservatifs de cette manière implique une sorte de dépendance au moment où l'enfant doit justement partir et quitter sa mère et son père symboliquement. Cela en dit long sur la relation entre la mère et son fils. Et cela en dit certainement long sur l'histoire de la mère sur le sujet. En tout cas, je ne peux que conseiller à cette maman d'aborder le sujet avec son fils. 

Est-ce normal que l'adolescent ne lui dise rien par ailleurs ?

Dans la mesure où le parent est en difficulté pour mettre des mots sur le sujet, comment l'enfant pourrait-il, lui, en avoir la compétence ? Ici, les parents bottent en touche tout en étant presque dans l'invitation à l'acte sexuel qui, encore une fois, n'est peut-être pas encore d'actualité pour ce jeune homme. Cela peut alors le renforcer dans son doute. Il peut se dire : 'Je n'ai pas encore fait l'amour et, d'après mes parents, je suis censé le faire.' Or, la logique veut que l'enfant fasse l'amour en se disant 'Oh la la ! Mes parents pensent que je suis encore un bébé alors que je suis déjà du côté des adultes, je fais l'amour.' Donc je crois qu'il faut faire attention à ne pas brusquer les choses."

Europe 1
Par Catherine Blanc