Infection urinaire : non, la cystite n'est pas liée à un manque d'hygiène, oui le jus de cranberry est efficace

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La cystite va toucher une femme sur deux au cours de sa vie. (Photo d'illustration)
La cystite va toucher une femme sur deux au cours de sa vie. (Photo d'illustration) © Silviu Costin Iancu / Pixabay
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Dans "Sans Rendez-vous" sur Europe 1, le chirurgien urologue François Desgrandchamps revient sur les causes d'une cystite, cette infection qui va toucher une femme sur deux au cours de sa vie. Il distille également ses conseils en matière de traitement, mais aussi de prévention.

La cystite est une infection urinaire très fréquente, notamment chez les femmes. Malgré tout, elle reste complexe et beaucoup d'idées reçues circulent sur son apparition, son traitement, et sa prévention. Pour mieux comprendre cette maladie, le chirurgien urologue François Desgrandchamps a répondu aux questions de Mélanie Gomez et son équipe dans Sans Rendez-vous, sur Europe 1.

Qu'est-ce qu'une cystite ?

C'est une inflammation de la vessie se caractérisant généralement par une brûlure lorsqu'on urine, et qui peut s'accompagner parfois de quelques gouttes de sang. Mais il faut d'emblée en distinguer deux types : la bactérienne, et celle dite "interstitielle". "La première est souvent déclenchée par des germes provenant de l'anus ou du rectum, quand la seconde provient d'une muqueuse abîmée qui devient perméable à l'urine", explique le spécialiste au micro d'Europe 1. Pour savoir quel type de cystite nous touche, c'est assez simple : l'"interstitielle" ne brûle pas quand on passe aux toilettes. 

Quels sont les facteurs qui la favorisent ? 

"Il existe trois facteurs qui peuvent déclencher cette maladie. Le premier est une modification du rythme du transit intestinal : une diarrhée ou une constipation favorisant les germes autour de l'anus ou du rectum."

La cystite peut être également causée par un manque d’œstrogènes, et donc par une "destruction de la flore vaginale, ce qui laisse la place aux germes", détaille François Desgrandchamps. Ce manque d’œstrogènes est dû soit à la ménopause, soit à une pilule mal dosée. Dans le premier cas, il faut prendre un traitement riche de ce groupe de stéroïdes, et dans le second, un changement de pilule est nécessaire.

Quant au troisième facteur, il s'agit du rapport sexuel : "La femme s'auto-infecte parce que la pénétration ouvre légèrement l'urètre, et les secrétions remontent dans la vessie", indique l'urologue, qui précise que cela se retrouve dans un tiers des cas.

Est-ce que cela traduit un manque d'hygiène ? 

"Au contraire, c'est même l'inverse", explique le spécialiste. Souvent les femmes "se sentent sales" à cause de la cystite, et "font des toilettes intimes vaginales beaucoup trop poussées". "Il faut respecter la flore vaginale, elle est le meilleur rempart à la cystite". 

Faut-il consulter systématiquement ?

"Une cystite peut parfois passée toute seule, mais si ce n'est pas le cas, il faut la traiter". "Et encore une fois, il est nécessaire de distinguer une cystite exceptionnelle, d'une récurrente", détaille François Desgrandchamps au micro d'Europe 1. Dans le premier cas, le spécialiste recommande un sachet de Monuril, un antibiotique qui se prend une seule fois et agit pendant trois jours. Mais dans le cas de symptômes récurrents, il faut éviter de le prendre : "Cela contribuerait à préparez une récidive en détruisant les défenses".

Le spécialiste conseille donc de prendre un traitement préventif à partir de quatre cystites par an, comme "un comprimé de Céfixime trois fois par semaine pendant six mois". Cela va empêcher le germe de se reproduire sans le tuer, et donc de conserver les défenses naturelles de la muqueuse.

Comment se prémunir d'une cystite ? 

Outre le traitement antibiotique, il est possible de minimiser les risques de cystites avec des gestes simples. Le premier, et le plus connu de tous : boire beaucoup. Mais attention, "il faut aussi uriner souvent et ne pas hésiter à s’asseoir sur la cuvette, même dans des toilettes publiques", insiste l'expert. En effet, dans la position "sans contact", les cuisses sont contractées et le périnée est fermé. "La vessie doit donc forcer et on vide juste le trop-plein". Or, pour minimiser les risques, il faut vider complètement sa vessie.

Enfin, l'autre geste pour prévenir une cystite est de boire...du jus de cramberries. Cela "divise par deux le risque, car il empêche les germes de se coller sur les parois de la vessie", et donc rend difficile le déclenchement d'une cystite bactérienne, qui pourrait être le prélude à une "interstitielle". "L'idéal est est de boire un grand verre de 200 ml deux fois par jour, une première le matin à jeun, et l'autre le soir", recommande l'urologue. Suivre ce traitement pendant six mois permet à l'organisme de refaire ses défenses. De plus, il a l'avantage de faire boire presque un demi-litre d'eau par jour, et donc de faire d'une pierre deux coups.

Europe 1
Par Ugo Pascolo