Retraites : "On observe des phénomènes de décomposition de l'action militante"

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Jérôme Sainte-Marie estime que la situation actuelle est une "défaite concrète, mais aussi symbolique de longue portée pour le mouvement syndical français" (photo d'illustration). 6:43
Jérôme Sainte-Marie estime que la situation actuelle est une "défaite concrète, mais aussi symbolique de longue portée pour le mouvement syndical français" (photo d'illustration). © Bertrand GUAY / AFP
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Invité samedi d'Europe 1, le politologue Jérôme Sainte-Marie est revenu sur l'évolution de la mobilisation contre la réforme des retraites, et la multiplication d'actions ciblées. Selon lui, l'action militante "ne peut plus être encadrée par les syndicats qui ont perdu l'épreuve de force face au gouvernement". 
INTERVIEW

Après plus de 40 jours de mobilisation contre la réforme des retraites, la forme de la contestation est en train de muter. Alors que la participation aux grandes manifestations se tasse peu à peu, plusieurs actions ciblées se sont succédé cette semaine, entre intrusion dans les locaux de la CFDT et sortie perturbée d'Emmanuel Macron au théâtre vendredi soir. Invité samedi d'Europe 1, le politologue Jérôme Sainte-Marie note des "phénomènes de décomposition de l'action militante". 

"Après une longue période de pourrissement de la grève, on observe des phénomènes de décomposition de l'action militante", décrit le président de l'institut de conseils et d'études Pollinvox. Cette mobilisation, remarque-t-il encore "ne peut plus être encadrée par les syndicats qui ont largement perdu l'épreuve de force face au gouvernement". "Même si le gouvernement ne triomphe pas réellement, parce qu'il a beaucoup concédé, sa simili-victoire fait naître beaucoup de frustrations", indique Jérôme Sainte-Marie. 

"Une défaite pour le mouvement syndical français"

Selon le politologue, "il est assez rare de voir des actions éparses, irrégulières". Et l'invité d'Europe 1 de remarquer "que ces actions-là ne sont pas aussi impopulaires qu'on pourrait le croire". "Si de la lassitude s'est exprimée à l'égard de la grève, il y a toujours une majorité relative pour la soutenir dans le pays". Ce soutien d'"une partie très importante de la population" peut s'expliquer notamment par "quelque chose d'assez délétère dans l'atmosphère politique", analyse encore Jérôme Sainte-Marie, ce qui rappelle "ce qu'on avait connu lors du phénomène des gilets jaunes". 

Alors que le gouvernement se refuse toujours à tout retrait du texte, Jérôme Sainte-Marie estime que la situation actuelle est une "défaite concrète, mais aussi symbolique de longue portée pour le mouvement syndical français". Et de conclure : "Il est possible que tout le monde en sorte affaibli : les syndicats contestataires, mais aussi les syndicats réformateurs qui ont souvent besoin que d'autres soient plus radicaux pour pouvoir eux-même profiter du rapport de force". 

Europe 1
Par Antoine Terrel