Les emblèmes européens à l’Assemblée, plus que des symboles

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© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
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L’Assemblée nationale a reconnu lundi soir la présence notamment du drapeau de l’UE dans l’hémicycle. Une manière d’affirmer un peu plus le clivage europhile-eurosceptique… à moins de deux ans des européennes. 

Les élections européennes, c’est déjà demain pour la majorité. Alors que le prochain scrutin d’envergure nationale n’aura lieu qu’en mai 2019, visiblement, les troupes d’Emmanuel Macron y songent déjà. L’adoption, lundi dans la soirée à l’Assemblée nationale, d’une résolution de La République en marche visant à promouvoir les symboles de l'Union européenne, notamment le drapeau, dans l’hémicycle, en est un signal de plus. Elle vise à conforter, en vue de ces élections qui seront le premier test électoral du président de la République, un clivage entre les partisans de l’Union européenne d’un côté, et les eurosceptiques de l’autre. Histoire de mettre toutes les chances de son côté, la majorité espère bien être la seule à représenter la première catégorie, face à tous les autres partis.

Danger de fracture pour la droite. Le débat sur la résolution adoptée lundi soir a permis de mettre en avant ce clivage. Le texte invite le gouvernement à prendre toutes les mesures pour promouvoir les symboles européens, notamment dans le cadre de la journée de l'Europe du 9 mai. Il a été adopté à main levée par les députés LREM, MoDem, Constructifs, socialistes et une partie des Républicains.

Le parti de la droite a montré à cette occasion qu’il était en danger de fracture sur la question européenne. Jugeant les symboles "importants" et critiquant FN et Insoumis, Damien Abad, un des vice-présidents de LR, a ainsi appelé à rendre l'Europe "capable de protéger". De son côté, le député Julien Aubert, proche de la ligne Wauquiez, a assuré ne pas mettre "exactement sur le même plan" les drapeaux français et européens. L’élu du Vaucluse a attaqué l'"obsession d'Emmanuel Macron qui cherche à se draper dans le drapeau européen".

Présente mais silencieuse, Marine Le Pen avait elle posé un petit drapeau français sur son pupitre, comme d'autres de son groupe. Elue avec les voix du FN, Emmanuelle Ménard a évoqué le "drapeau européen de (s)on coeur, drapeau européen de (s)a raison", mais critiqué le "pouvoir bruxellois".

"Nous, Européens, et eux, nationalistes". Deux camps se sont affrontés donc, et cela arrange bien la majorité. Richard Ferrand ne l’a pas caché. "La recomposition politique à laquelle nous assistons depuis mai dernier divise ceux qui pensent que, nous Européens, partageons un avenir commun, et ceux, nationalistes, qui pensent que nous serions mieux seuls", a lancé Richard Ferrand, le patron des députés LREM.  "Malgré toutes les difficultés, les Françaises et les Français ont porté au pouvoir une majorité qui croit en l'Europe et ses institutions, qui souhaite l'améliorer sans la renier", a-t-il estimé.

"Evitons le chantage où la seule alternative serait le nationalisme le plus brutal ou le libéralisme", a répondu plus tard Alexis Corbière. Le député Insoumis a réaffirmé l'hostilité de son camp à un drapeau d'inspiration "religieuse" puisant dans des représentations de la Vierge Marie, ou défendu "une harmonisation sociale et fiscale" plutôt qu'"une unité dans la diversité", formule de la devise européenne.

Macron contre les Insoumis. Ce n’est pas la première fois que La France insoumise s’élève contre la présence du drapeau européen dans l’hémicycle. Dès son entrée à l’Assemblée, le 21 juin, Jean-Luc Mélenchon avait lancé en désignant l’étendard aux douze étoiles : "on est obligés de supporter ça ?". Début octobre, son groupe avait déposé un amendement visant à l’exclure purement et simplement de l’hémicycle. Amendement rejeté, évidemment, par la majorité.

Mais Emmanuel Macron en avait profité pour aller plus loin. Le 10 octobre, il avait envoyé un courrier au président du Conseil européen, Donald Tusk, annonçant que la France allait rejoindre  les 16 autres pays reconnaissant les symboles de l’UE.  A savoir, selon les termes de l’article 52 du Traité de Lisbonne, "le drapeau représentant un cercle de douze étoiles d’or sur fond bleu, l’hymne tiré de L’Ode à la joie de la Neuvième Symphonie de Beethoven, la devise ‘Unie dans la diversité’, l’euro en tant que monnaie de l’UE et la Journée de l’Europe le 9 mai". "Je suis très heureux, à l'occasion de ce Conseil européen, de réaffirmer l'attachement de la France au drapeau et à l'hymne européen", avait aussi lancé le président français le 20 octobre avant un sommet à Bruxelles.

"Un grand mouvement central ?". Celui qui avait prononcé son discours d’investiture, le 15 mai à l’Elysée, devant l’Assemblée, ne manquera donc pas une occasion de renvoyer ses adversaires à son euroscepticisme. Et d’agréger ainsi autour de lui les défenseurs de l’Union européenne. La stratégie a commencé à payer. Le 11 novembre dernier, Alain Juppé avait ainsi plaidé pour "un grand mouvement central" aux élections européennes. Le maire de Bordeaux s’est ensuite rétracté. Mais le ver est dans le fruit et depuis, l’idée fait son chemin.