Municipales : après un premier tour chahuté, le doute plane sur la tenue du second

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Dans un contexte pour le moins particulier, perturbé par l'épidémie de coronavirus, les bureaux de vote ont ouvert dimanche, à 8 heures, pour le premier tour des élections municipales 2020. Les résultats ont été éclipsés par la polémique sur l'opportunité de tenir le second tour.

Une élection dont l'enjeu politique passe presque au second plan, tant le contexte est particulier. Voilà ce qui caractérise ces municipales 2020, dont le premier tour s'est tenu dimanche 15 mars, en pleine épidémie de coronavirus. À partir de 20 heures, les premiers résultats sont tombés et, alors que l'abstention est au plus haut, des doutes ont immédiatement plané sur la tenue d'un second tour. Retrouvez les principaux enseignements de cette journée.

Les informations à retenir

  • Le taux d'abstention final devrait être entre 53,5% et 56%, un record pour des municipales
  • À Paris, la socialiste Anne Hidalgo est largement en tête ; à Marseille en revanche, les résultats sont très incertains
  • Le scrutin est marqué par la confirmation du RN, qui conserve plusieurs villes dès le premier tour ; Europe Ecologie-Les Verts réalise également plusieurs percées, notamment à Lyon
  • Des doutes planent d'ores et déjà sur la tenue du second tour

À Paris, Hidalgo devance ses adversaires

Selon les premiers résultats, encore provisoires, Anne Hidalgo, maire socialiste sortante de Paris, est en tête dans la capitale avec 30,2% des suffrages. Elle devance largement Rachida Dati, la candidate LR (22%) et celle de la majorité, Agnès Buzyn (17,6%).

Autre victoire socialiste à Lille, où Martine Aubry, repartie pour un quatrième mandat, est en tête du premier tour avec 30% des suffrages. Dans la série des maires sortants bien placés pour retrouver leur fauteuil, on trouve également Christian Estrosi, à Nice, largement en tête du premier tour avec 44,56% des voix.

La gauche en tête (de peu) à Marseille

À Marseille, où le départ de Jean-Claude Gaudin promettait une élection très ouverte, le premier tour s'achève sur un coude à coude entre la candidate LR Martine Vassal et sa rivale socialiste Michèle Rubirola, cette dernière parvenant toutefois à se hisser en tête contre toute attente. A la tête d'une liste baptisée Printemps marseillais regroupant notamment le Parti socialiste, le Parti communiste et des mouvements citoyens, Michèle Rubirola a obtenu sur l'ensemble de la ville, où le vote est divisé par secteurs, 23,4% des suffrages contre 22,3% pour Martine Vassal, qui était soutenue par l'ancien maire.

EELV réalise quelques percées

À Lyon, l'écologiste Grégory Doucet recueillerait 29% des voix, créant la surprise devant le candidat LR Etienne Blanc (16,7%) et celui de LREM, dauphin de Gérard Collomb, Yann Cucherat (14,9%). À Besançon, c'est l'écologiste Anne Vignot qui est donnée en tête avec 31,1% des voix. 

À Grenoble, Eric Piolle, maire EELV sortant, confirme avec 44,6% des voix, en tête. Il devance l'ancien édile (DVD) Alain Carignon (20,5%). À Toulouse, le candidat EELV-LFI, Antoine Maurice, n'est certes qu'en deuxième position avec 28,3%, mais il est moins loin que prévu de Jean-Luc Moudenc, maire LR sortant (35,3%). Surtout, à Bordeaux, après avoir un temps été annoncé en tête, Pierre Hurmic a été doublé par le maire LR sortant, Nicolas Florian... mais de 96 voix seulement !

Le RN conserve plusieurs mairies au premier tour

À Hénin-Beaumont, Steeve Briois, maire RN sortant, serait réélu dès le premier tour selon son entourage. Déjà élu dès le premier tour en 2014 avec 50,25% des suffrages, il en totalisait 73% ce dimanche à la moitié du dépouillement. À Fréjus, le scénario est le même pour David Rachline, réélu dès ce dimanche soir. Et Robert Ménard, soutenu par le RN, conserve également la mairie de Béziers avec un score spectaculaire de 68,7% des suffrages. 

Louis Aliot, lui, est en tête à Perpignan, ville de conquête du Rassemblement national avec entre 33 et 36,5% des voix. En revanche, à Denain, la maire PS sortante, Anne-Lise Dufour-Tonini, a annoncé sa victoire "très nette" face au RN Sébastien Chenu.  

LREM en difficulté

Ces élections municipales s'annoncent difficiles pour LREM, qui ne perce pas à Paris, ni à Besançon, ni à Strasbourg, trois villes dans lesquelles elle avait tant d'espérances. Certes, Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, est élu dès le premier tour à Tourcoing. 

Mais même Edouard Philippe, Premier ministre mais aussi candidat au Havre, est en difficulté. Il est bien arrivé en tête du premier tour avec 43,60% des suffrages, devant la liste conduite par le député PCF Jean-Paul Lecoq à 35,88%. Mais ce ballotage lui est défavorable, avec une possibilité de reports de voix assez faible.

La République en marche essuie des gadins spectaculaires dans certaines villes : à Limoges, Monique Boulestin arrive en quatrième position avec 7,9% des voix. A Toulon, la députée Cécile Muschotti recueille environ 7% des suffrages; à Arles, la députée Monica Michel arrive en cinquième position avec 5%. A Montpellier, Patrick Vignal est autour de 6%, alors qu'à Reims, Gérard Chemla obtient 3,29% des suffrages.

Une participation en très forte baisse

Les Français sont beaucoup moins nombreux qu'en 2014 à s'être rendus aux urnes. Selon les instituts de sondage, la participation finale devrait tourner autour de 45%. "Une abstention quelle qu’elle soit ne met pas en cause la légalité ni la légitimité d’un scrutin", rappelle Olivier Duhamel, constitutionnaliste, sur Europe 1. "Je ne nie pas que ce soit considérable, mais la situation actuelle aussi est considérable. Si en pleine crise vous avez 45% des Français qui sont venus voter, ce n’est pas négligeable non plus."

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Cette abstention record pour des municipales était prévisible après les annonces de confinement d'Edouard Philippe samedi soir. Comme à Mulhouse, dans le Haut-Rhin, département très touché par l'épidémie. "Je pense que le fait de passer en niveau trois [samedi] soir a affolé beaucoup de personne qui n’auront plus envie de sortir aujourd’hui alors que, dans les bureaux de vote, nous réguleront de sorte à ce qu’il n’y ait pas une grande promiscuité", assure la présidente de l'un des bureaux de cette commune, au micro d'Europe 1. 

Peu après son ouverture, neuf électeurs s'y trouvaient déjà, tous séparés d'un mètre par une ligne de démarcation improvisée au sol avec du ruban adhésif. Les votants avançaient donc de case en case, progressivement, jusqu'à l'urne. Une ligne prioritaire était aussi indiquée pour les plus de 70 ans afin qu'ils restent le moins longtemps possible dans la salle. 

Des mesures spécifiques mises en place

C'était d'ailleurs le cas dans de nombreux bureaux, où des mesures spécifiques ont été mises en place pour rassurer les électeurs et éviter la propagation du virus. Affichettes rappelant les fameux "gestes barrière" à respecter pour des raisons sanitaires, lavabos à proximité et/ou gel hydroalcoolique à disposition, désinfection régulière des tablettes dans les isoloirs... Des conseils ont aussi été donnés, comme celui de préparer son bulletin à l'avance ou de venir avec son propre stylo, bleu ou noir, pour signer les registres. 

Mais malgré ces mesures, la décision du gouvernement de maintenir l'élection est restée vivement contestée. Dimanche, le président de la Commission médicale de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, Rémi Salomon, a appelé les Français à ne pas aller voter. "Il faut dès maintenant appliquer le confinement maximum. N'allez pas voter, évitez les contacts à moins de 2m. Lavez-vous les mains souvent. A l'hôpital on se mobilise avec toutes les précautions", a-t-il alerté sur Twitter.

Le doute plane sur le second tour

Les résultats du premier tour étaient à peine connus que, déjà, la question du maintien du second tour, prévu le 22 mars, s'est posée. Yannick Jadot, eurodéputé EELV, ainsi que Marine Le Pen, présidente du RN, ont appelé à son report dimanche soir. 

Le ministre de la Santé Olivier Véran a indiqué dimanche qu'il demanderait "sans doute mardi" leur avis aux experts scientifiques dans la crise du coronavirus sur l'opportunité de tenir le second tour des élections municipales. "Mardi, mercredi, sans doute mardi, je serai amené à leur poser la question du deuxième tour", a-t-il dit sur France 2.

Edouard Philippe a lui aussi pris la parole, reconnaissant que le taux d'abstention témoignait de l'inquiétude des citoyens face au coronavirus. "C'est en prenant en compte l'avis des autorités sanitaires que nous organiserons le second tour. Je réunirai le Conseil scientifique puis je consulterai les représentants des forces politiques. C'est dans une transparence totale que nous prendrons les mesures nécessaires."