A Calais, Macron donne sa vision de l'immigration

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Emmanuel Macron a annoncé mardi à Calais "une prime exceptionnelle de résultat" en 2018 pour les forces de l'ordre "affectées de manière permanente" dans le Calaisis. © Michel Spingler / POOL / AFP
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Le chef de l’Etat était à Calais mardi pour évoquer le thème sensible de l’immigration. Dans un centre d’accueil, il a mis l'accent sur l'humanité. Face aux forces de l'ordre, il s'est montré plus ferme.

Visite aussi sensible que symbolique mardi pour Emmanuel Macron. Le président de la République est en déplacement à Calais pour y parler immigration. Le contexte est compliqué : une circulaire de son ministre de l’intérieur Gérard Collomb, qui l’accompagne, visant à recenser les migrants dans les centres d’accueil, a provoqué la colère des associations. Et un projet de loi annoncé pour le mois de mars menace de fracturer sa majorité. C’est donc aussi une mise au point qu’est venu faire le chef de l’Etat dans la ville du Pas-de-Calais, devenue depuis plusieurs années le symbole de la crise des migrants. Avec d’un côté, de l’humanité pour les demandeurs d’asile, et de l’autre une fermeté pour les clandestins.

Face aux migrants, de l'humanité

"Voulez-vous faire votre vie ici ?". La journée présidentielle a débuté à Croisilles, à 120 kilomètres environ de Calais, dans un des trois CAES (centre d’accueil et d’examen de situation). Là, sous l’œil des caméras, Emmanuel Macron a rencontré des migrants, les a interrogés sur leur situation. "Voulez-vous faire votre vie ici ?", a demandé le président à Ahmed, un Soudanais de 25 ans. "Oui", pour "apprendre le français et trouver un travail dans la mécanique", a répondu le migrant, qui lui explique avoir fui son pays après le meurtre de sa mère et la disparition de sa famille. Emmanuel Macron a jugé que sa situation relevait de l’asile et a promis que la situation du jeune homme serait rapidement examinée.

"Ce qui sauve, c’est ce que vous faites". Le chef de l’Etat a aussi remercié les bénévoles. "Ce qui sauve, c’est ce que vous faites", a-t-il lancé à ses interlocuteurs.  "Nous ne sommes pas un centre de tri (...) Nous avons un taux d'évaporation (personnes qui s'en vont rapidement sans traitement de leur dossier NDLR) de 33%", inférieur à celui des deux autres CAES ouverts ces derniers mois dans le Pas-de-Calais, a expliqué Guillaume Alexandre, le directeur de La Vie active, l'association qui gère le centre.

Face aux forces de l'ordre, reconnaissance et fermeté

Voilà pour le côté humanisation du propos. Mais le ton a changé à la mi-journée. Emmanuel Macron a prononcé un discours très attendu devant les forces de l’ordre. Le chef de l'Etat, sans oublier de rappeler que les migrants doivent être accueillis avec humanité, a fait montre de fermeté. "L’accueil inconditionnel ne veut pas dire l’accueil indifférencié. A ceux qui ne sont pas admis, nous devons faire en sorte qu’ils regagnent effectivement leur pays", a-t-il lancé. "Depuis tant d’années, nous faisons tout à l’envers. Nous pratiquons un accueil indifférencié, avec délai de traitement inacceptable, nous n’investissons pas assez pour intégrer pleinement celles et ceux qui sont admis au droit d’asile, et nous ne reconduisons pas celles et ceux qui s’installent de manière irrégulière", a insisté le chef de l'Etat.  

Une prime mais un devoir d'exemplarité pour les forces de l'ordre. Emmanuel Macron a aussi rendu un hommage appuyé aux habitants de Calais d'abord, aux forces de l'ordre déployées dans la région ensuite, et surtout. "Ce sont des femmes et des hommes fonctionnaires de notre République qui ont droit au respect, eux aussi", a-t-il déclaré, annonçant "une prime exceptionnelle de résultats". Alors que certaines pratiques policières sont pointées du doigt, le président de la République a aussi rappelé les forces de l'ordre à leur "devoir d'exemplarité". "Réaction proportionnelle à la confiance sans  faille que nous plaçons en vous", a-t-il prévenu. 

"Responsabilité" des associations. Emmanuel Macron a enfin appelé "toutes les associations" à la "responsabilité" dans leur action auprès des migrants à Calais, en déplorant les "mensonges" diffusés "par de trop nombreux" acteurs et "qui nuisent à notre efficacité collective". Les associations qui "encouragent ces femmes et ces hommes à rester, à s'installer dans l'illégalité, voire à passer" en Grande-Bretagne "prennent une responsabilité immense" et "jamais elles n'auront l'Etat à leurs côtés", a affirmé le chef de l'Etat.

 

L'Etat va prendre en charge la distribution des repas à Calais

Emmanuel Macron a annoncé mardi que l'Etat allait "prendre en charge" la distribution de repas aux migrants de Calais, un service fourni aujourd'hui par les associations, dont certaines ont refusé de le rencontrer en fin d'après-midi.

"Il y a un service que nous n'apportons pas encore. C'est l'accès à la nourriture et aux repas, qui est assuré aujourd'hui par les associations. Je vais vous le dire très clairement, nous allons le prendre à notre charge, de manière organisée, avec des points mobiles, sans tolérer aucune installation de campements illicites", a déclaré le président dans son discours devant les forces de sécurité à Calais.

Cette prise en charge se fera "en incitant tous ceux qui sont prêts à financer cette prestation (...) dans le cadre organisé par l'Etat et avec l'Etat", a poursuivi M. Macron, sans donner plus de détails sur l'organisation de ces distributions. Elles sont aujourd'hui principalement assurées par quatre associations: l'Auberge des migrants, Utopia 56, RCK (Refugee community kitchen) et Salam.

L'Auberge des migrants affirme ainsi distribuer des repas à 1.000 migrants (à Calais, mais aussi à Grande-Synthe, dans le Nord), deux fois par jour, à midi et 17 heures, à cinq endroits différents à Calais. "Si l'Etat décide d'assurer la distribution, nous ne ferons rien pour l'en empêcher. Ce que l'on fait ici, c'est d'ailleurs tout ce que l'Etat ne fait pas... Et si l'objectif est de nous écarter, il faudra que l'Etat fasse encore beaucoup plus, car il y a bien d'autres choses que nous faisons, comme la distribution de vêtements, de couvertures, de bois de chauffage ou d'aide aux mineurs isolés", a réagi auprès de l'AFP François Guennoc, porte-parole de l'Auberge des migrants, reconnaissant qu'il y avait "beaucoup de pression sur les associations"