Comment Emmanuel Macron a remanié le gouvernement

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Il a sondé Jean-Yves Le Drian, demandé conseil à François Bayrou, remercié Nyssen et réorienté Travert… Le chef de l'État a procédé avec méthode, en coulisses, pour aboutir au deuxième remaniement d'ampleur du gouvernement, après celui de juin 2017.
EDITO

C'était le remaniement le plus de la long de la Vème République. Mardi, l'Élysée a annoncé la composition de la nouvelle équipe gouvernementale autour d'Édouard Philippe, deux semaines après le départ fracassant de Gérard Collomb du ministère de l'Intérieur. Il est d'ailleurs remplacé par un fidèle soutien d'Emmanuel Macron, Christophe Castaner. Cette nomination et les autres mouvements gouvernementaux sont le résultat d'intenses négociations au plus haut niveau de l'État, comme le raconte l'éditorialiste Michaël Darmon dans Debout les copains, mercredi, sur Europe 1.

"Tout commence au conseil des ministres du 3 octobre, lorsque Emmanuel Macron se retrouve aux côtés de Jean-Yves Le Drian, au lendemain du départ de Gérard Collomb. Les deux échangent en chuchotant devant les ministres : 'Je suis très heureux à ma place' assure le ministre des Affaires étrangères. 'Tu m'es très utile là où tu es', lui répond le président.

>> De 5h à 7h, c’est “Debout les copains” avec Matthieu Noël sur Europe 1. Retrouvez le replay de l'émission ici

Castaner a écarté Péchenard. Avec le patron du quai d'Orsay, le chef de l'État a compris que ce n'était plus la peine d'insister et qu'il fallait chercher ailleurs le nouveau locataire de la place Beauvau. Emmanuel Macron évoque avec certains de ses visiteurs les options Jean Castex, Gérald Darmanin ou encore Christophe Castaner. Mais il a aussi en tête Frédéric Péchenard, dont il aime les prises de position contre Laurent Wauquiez sur l'internement des fichés S. Dans les couloirs du ministère de l'Intérieur, où le sarkozyste a gardé des amis, on se réjouit de cette possible nomination.

Ça ne se fera finalement pas. Officiellement pour une question de périmètre mais, en réalité, Christophe Castaner a réussi à éliminer tous ses rivaux en mobilisant les macronistes sur la droitisation du gouvernement et sur la nécessité d'un homme de confiance à un poste stratégique. La solution complémentaire sera trouvée avec Laurent Nuñez, autre professionnel de la sécurité, patron du renseignement intérieur.

 

La patte Bayrou. De retour d'Arménie, vendredi soir, Emmanuel Macron accélère ses discussions avec François Bayrou, très présent en coulisses durant cette quinzaine. Il le convainc de revenir à l'ADN de sa manière de gouverner. Et voilà Marc Fesneau nouvel entrant au gouvernement, aux Relations avec le Parlement, tandis que Jacqueline Gourault hérite d'un grand ministère de la Cohésion des territoires. Tous deux MoDem, ils sont les piliers politiques du nouveau gouvernement. Didier Guillaume, vallsiste, social-démocrate, accède au ministère de l'Agriculture pour finir de bâtir la nouvelle architecture de l'exécutif.

Nyssen remerciée… dans les deux sens. Des entrées, mais aussi des départs. Et pour Emmanuel Macron, il n'a pas été facile de se séparer de ses proches. Il l'avait dit depuis le début : "Les ministres ne sont pas des objets." Les sortants ont donc été reçus depuis dix jours, avec beaucoup d'égards. En Arménie, par exemple, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a été remerciée dans les deux sens du terme. Elle a bien compris ce que cela signifiait. 

Jacques Mézard, lui, quitte la Cohésion des territoires mais devrait atterrir au Conseil constitutionnel courant janvier, en profitant d'un renouvellement chez les Sages. Il reste un proche du président de la République. Enfin, Emmanuel Macron souhaite envoyer Stéphane Travert, soutien de la première heure, diriger La République en marche, en remplacement de Christophe Castaner. Mais là, c'est une autre histoire qui commence…"

Europe 1
Par Michaël Darmon, édité par Thibaud Le Meneec