Pour la première fois depuis 1945, la France affiche un solde démographique négatif. En 2025, l’Insee recense 6.000 décès de plus que de naissances, conséquence d’une baisse continue de la natalité observée depuis plusieurs années. Si de multiples facteurs sont avancés pour expliquer ce basculement historique, la question du logement demeure largement absente du débat.
On nous annonçait un hiver rigoureux. C’est finalement une véritable ère glaciaire démographique que traverse la France. En 2025, le taux de natalité chute à un niveau inédit, au point de passer sous celui de la mortalité, une première depuis 1945.
Selon le bilan démographique publié par l’Insee en ce début d’année, le pays a enregistré 645.000 naissances, soit 2,1% de moins qu’en 2024, contre 651.000 décès, en hausse de 1,5% sur un an. Résultat : un solde naturel négatif. Mais pourquoi les Français font-ils moins d’enfants ? Souvent sous-estimée, la question du logement pourrait bien être au cœur du débat.
"On ne peut pas prendre en charge un enfant sans être capable d'acheter un bien"
Si "les prévisions étaient plus optimistes", souligne Gabrielle Cluzel au micro de Christine Kelly sur Europe 1, cette situation n’a pourtant rien d’un accident conjoncturel. En réalité, cela fait désormais quinze ans que les naissances reculent. En une décennie et demie, la France a enregistré 25% de naissances en moins. Un indicateur illustre ironiquement ce basculement : "Le nombre de couches vendues. Il y en a aujourd’hui davantage pour les personnes âgées que pour les jeunes", selon elle.
À 33 ans, Morgane, médecin, ne se projette pas dans la maternité. En cause, l’accès de plus en plus difficile à la propriété. "Je n’ai pas envie d’avoir d’enfant. À l’époque, on pouvait construire un projet immobilier avec des salaires bien moindres qu’aujourd’hui. Désormais, devenir propriétaire est beaucoup plus compliqué", confie-t-elle.
Pour Morgane, logement et parentalité sont indissociables. "On ne peut pas assumer un enfant sans être capable d’acheter un bien et sans une certaine sécurité financière", insiste-t-elle. Un sentiment largement partagé par de nombreux jeunes actifs, pour qui l’instabilité résidentielle freine désormais les projets familiaux.
"Il est clair que c'est plus compliqué d'avoir un enfant avec la crise actuelle"
"La crise immobilière n’explique pas à elle seule la baisse de la natalité", tempère Bertrand Lemoine, entrepreneur dans l’immobilier. "Mais il est clair que c’est plus compliqué d’avoir un enfant avec la crise actuelle."
La naissance d’un enfant représente en effet un coût considérable pour les ménages, souvent répercuté sur le logement. Beaucoup de parents souhaitent déménager vers des logements plus spacieux, mais se heurtent à la flambée des prix. "Le marché empêche aujourd’hui les ménages de trouver des biens plus grands", observe Bertrand Lemoine, ce qui constitue un frein évident à l’arrivée d’un nouvel enfant.
"En 2023, un couple sans enfant consacrait en moyenne 14% de ses revenus au loyer. Avec un enfant, cette part grimpe à 21%, soit une hausse de près de 50%", souligne-t-il.
Autre contrainte majeure : "Il existe un véritable problème d’offre et de demande de logements". La production est en berne, ce qui alimente la hausse des prix et ne fait qu’aggraver une crise qui pèse désormais jusque dans les choix de parentalité.
Une étude Américaine chiffre cet impact
L’économiste canadien Ben Couillard a récemment publié une étude aux effets de véritable onde de choc, mettant en lumière le rôle déterminant de la hausse des loyers dans la baisse du taux de fécondité aux États-Unis.
S’appuyant sur un modèle démographique intégrant de nombreuses variables, le chercheur démontre l’impact majeur de l’augmentation des loyers sur le recul des naissances. Selon ses travaux, si les loyers étaient restés stables depuis les années 1990, les États-Unis auraient enregistré 11 % de naissances supplémentaires, soit près de 13 millions de naissances en plus.
Un chiffre marquant, qui suggère que la flambée des loyers expliquerait à elle seule plus de la moitié de la chute de la fécondité observée entre les années 2000 et 2010, renforçant l’idée que la crise du logement pèse désormais lourdement sur les choix de parentalité.