Face à Google, "on est face à une espèce de boite noire, à une machine"

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© BEN STANSALL / AFP
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Pierre Louette, PDG du groupe Les Echos-Le Parisien, et chargé d'une mission sur les droits voisins à l'Alliance de la presse d'information générale, explique les difficultés qu’il y a à négocier avec le géant américain, censé mieux rémunérer les éditeurs de presse.
INTERVIEW

Le bras de fer entre Google et les éditeurs français de presse est engagé, et il n’a pas encore trouver son vainqueur. Alors que le géant américain est censé, sur la foi d’une directive européenne transposée en droit français, mieux rémunérer les auteurs de contenus d’actualité, il bloque par principe, se cantonnant à son simple rôle de moteur de recherche.

"On est face à une espèce de boite noire, on est face à une machine. C’est l’impression que j’ai", s’agace lundi matin sur Europe 1 Pierre Louette, PDG du groupe Les Echos-Le Parisien, et chargé d'une mission sur les droits voisins à l'Alliance de la presse d'information générale.

"Vous avez des éditeurs avec des journalistes, des rédactions et tous les gens autour qui sont des êtres humains. Et on est face à une machine qui vous dit : ‘voilà, la loi elle ne me plaît pas, voilà le formulaire informatique qu’il va falloir appliquer’", s’étonne le journaliste, pour qui le problème est profond. "Il y a l’ensemble de la démocratie européenne qui vote et qui adopte un texte; il y a un Parlement français qui transpose ces directives pour les faire vivre en droit français ; et il y a une réaction d’une machine qui est de dire : ‘on va changer nos produits de façon à ce que cette loi ne vive pas’. Quand on est face à des gens qui souhaitent que la loi ne vive pas, on a un problème", pointe Pierre Louette.

"On est face à un acteur qui commence à peine à appliquer des lois"

Le PDG du groupe Les Echos-Le Parisien s’est par ailleurs employé à contredire un argument avancé lundi sur Europe 1 par Benoît Tabaka, directeur des relations institutionnelles de Google France. L’homme avait mis en avant le peu de recherches lié à l’actualité, 2,65% selon lui. "Aujourd’hui, les résultats de recherches lié à l’actualité ne sont pas monétisés", avait-il affirmé. "Si c’est tellement peu important, on voit pas du tout pourquoi ils ne voudraient pas payer des droits", a rétorqué Pierre Louette. "Pour eux, c’est tout petit, c’est ridicule. Pour un groupe aussi opulent, on parle de quelques nanosecondes de leur profit répartis entre les éditeurs. Donc franchement, l’argument il peut se retourner dans tous les sens."

Mais le journaliste se montre pourtant optimiste. "On est face à un acteur qui commence à peine à appliquer des lois comme payer des impôts, comme se mettre en conformité avec un ensemble de dispositifs pays par pays, dans lesquels ils opèrent", a-t-il relevé. "Ils ne sont pas au-dessus des lois, ils rentrant dans l’atmosphère, il faut que ça continue."