Damas 0:58
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avec AFP // Crédits photo : Maher AL MOUNES / AFP , modifié à
Un raid israélien sans précédent a visé lundi le consulat iranien à Damas, ont rapporté les médias d'État, faisant 11 morts selon une ONG, dans un contexte régional extrêmement tendu sur fond de guerre à Gaza.

Un raid imputé à Israël a visé lundi la section consulaire de l'ambassade iranienne à Damas, faisant onze morts, dont sept Gardiens de la révolution d'Iran, dans un contexte régional tendu en pleine guerre dans la bande de Gaza. Téhéran a promis de riposter à ce raid sans précédent sur un bâtiment diplomatique iranien en Syrie, où l'Iran et ses alliés soutiennent le pouvoir du président Bachar al-Assad, et la Russie a demandé une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU qui devrait se tenir dès mardi.

"L'ennemi israélien a lancé des frappes aériennes depuis le Golan syrien occupé, visant le consulat iranien à Damas", a affirmé le ministère syrien de la Défense. "Ce crime ne passera pas sans que l'ennemi soit puni", a menacé de son côté le Hezbollah libanais, soutenu par l'Iran, en invoquant une "vengeance" à venir. Un journaliste de l'AFP a constaté que la section consulaire, qui jouxte l'ambassade iranienne dans le quartier de Mazzeh à Damas, où se trouvent de nombreuses ambassades et des bâtiments des Nations unies, avait été entièrement détruite.

 

"Huit Iraniens, deux Syriens et un Libanais, tous des combattants, aucun civil"

"Tous ceux qui se trouvaient à l'intérieur ont été tués ou blessés", a poursuivi le ministère. Le Corps des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran, a annoncé que sept de ses membres, dont deux commandants, avaient été tués dans le raid. Dans un communiqué, les Gardiens de la révolution ont confirmé que deux hauts gradés de la Force Qods, Mohammad Reza Zahedi et Mohammad Hadi Haji Rahimi, faisaient partie des victimes.

La force Qods est l'unité d'élite des Gardiens qui intervient en dehors des frontières. L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG basée au Royaume-Uni, mais qui dispose d'un vaste réseau de sources dans le pays, a pour sa part fait état de onze morts au total : "huit Iraniens, deux Syriens et un Libanais, tous des combattants, aucun civil".

L'ONG a précisé que le général Zahedi était le "commandant de la force Qods pour la Syrie, le Liban et la Palestine". Le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian a indiqué mardi que le chargé d'affaires de la Suisse, qui représente les intérêts des États-Unis en Iran où ils ne disposent pas d'ambassade, avait été convoqué.

"Un message important a été adressé au gouvernement américain, puisqu'il soutient l'entité sioniste. L'Amérique doit prendre ses responsabilités", a souligné le ministre cité par l'agence iranienne Irna. Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra mardi une session publique à la demande de la Russie sur cette attaque, a annoncé le représentant russe à l'ONU Dmitri Polianski, cité par l'agence étatique Tass.

"Après l'attaque aérienne israélienne contre le consulat iranien à Damas, les Iraniens ont demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de condamner cette action. En réponse à la lettre des Iraniens, nous avons demandé une réunion publique du Conseil de sécurité des Nations unies" qui a été programmée "le 2 avril à 15 heures, heure de New York" (19H00 GMT), a-t-il écrit sur Telegram selon l'agence.

"Réponse décisive"

À Téhéran, l'agence de presse iranienne Nour a indiqué que "Hossein Akbari, ambassadeur de la République islamique d'Iran à Damas, ainsi que sa famille, n'ont pas été blessés lors de l'attaque israélienne". Dans une déclaration retransmise par les médias iraniens, l'ambassadeur a affirmé que l'annexe de l'ambassade avait été visée par "six missiles tirés par des chasseurs F-35".

Il a assuré que l'Iran allait apporter "une réponse décisive" à cette attaque. Le ministre iranien des Affaires étrangères a appelé de son côté "la communauté internationale" à apporter "une réponse sérieuse" aux frappes israéliennes. Interrogé lundi soir sur ce raid lors d'une conférence de presse, le porte-parole de l'armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari, a répondu qu'il "ne commentait pas les informations de la presse étrangère".

En condamnant "l'agression terroriste sioniste", le mouvement islamiste palestinien Hamas a lui dénoncé une "violation flagrante du droit international" et une "dangereuse escalade".  Et la diplomatie russe a qualifié l'attaque d'"inacceptable", accusant l'armée israélienne d'en être responsable et mettant en garde contre les "conséquences extrêmement dangereuses" pour la région. Depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, les craintes de voir le conflit prendre une tournure régionale grandissent, les alliés de l'Iran au Liban, en Irak, au Yémen et dans le reste de la région s'étant mobilisés en faveur du Hamas.

Importants dégâts

L'annexe consulaire a été réduite à l'état de ruine et seule subsistait la porte d'entrée, portant la mention "section consulaire de l'ambassade d'Iran", selon le journaliste de l'AFP qui a vu des meubles éventrés parmi les gravats. Le bâtiment visé est mitoyen de l'ambassade iranienne, dont la devanture est ornée d'un immense portrait de Qassem Soleimani, l'ex-chef de la force Qods et architecte des opérations militaires iraniennes au Moyen-Orient, tué en janvier 2020 dans une attaque de drone américaine en Irak.

Les vitres des immeubles jusqu'à 500 mètres alentour ont été brisées et un grand nombre de voitures endommagées. En fin de soirée, la fumée se dégageait encore des restes du bâtiment visé, alors que les forces de sécurité syriennes étaient déployées en force dans la capitale et établissaient des barrages de contrôle.

"Nous condamnons fermement cette attaque terroriste odieuse" qui a tué "un certain nombre d'innocents", a déclaré le ministre syrien des Affaires étrangères, Fayçal Mekdad, accouru sur les lieux, dans un communiqué repris par l'agence officielle Sana. De nombreux responsables militaires iraniens ont été visés dans le passé par des frappes en Syrie.

Le raid de lundi est le cinquième à viser la Syrie en huit jours. Fin décembre, le général de brigade Razi Moussavi, un important commandant de la Force Qods, avait été tué dans un tir de missile au sud de Damas. Israël a mené des centaines de frappes en Syrie voisine contre des positions du pouvoir syrien, des groupes pro-iraniens, comme le Hezbollah libanais, et des cibles militaires iraniennes depuis le début de la guerre dans ce pays en 2011. Les frappes se sont intensifiées depuis le début le 7 octobre de la guerre entre Israël et le Hamas, un allié du Hezbollah et de l'Iran. Des frappes israéliennes visent dans le même temps des responsables du Hezbollah au Liban, d'où la formation chiite pro-iranienne mène des attaques contre Israël.