Pour son avocat, Julian Assange "devrait faire l'objet d'une récompense de la part de la France"

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Reclus pendant sept ans à l'ambassade d'Équateur à Londres, le fondateur de Wikileaks a été arrêté jeudi par la police britannique. Sur Europe 1, son avocat français en appelle à Emmanuel Macron.
INTERVIEW

Quelques heures après son arrestation, le fondateur de WikiLeaks Julian Assange a été reconnu coupable jeudi par la justice britannique d'avoir violé les conditions de sa liberté provisoire, alors qu'il était réfugié depuis sept ans à l'ambassade d'Équateur à Londres. Juan Branco, son avocat français, dénonce sur Europe 1 une "affaire politique" et en appelle à Emmanuel Macron.

"Il a rendu de grands services à la France"

"On va lutter de toutes nos forces, avec tous les outils du droit que l'on peut mobiliser, mais cette affaire est politique. On le voit bien, la fin de son asile politique est la suite d'une négociation entre le président équatorien et les États-Unis", souligne le conseil, proche de La France Insoumise et de l'extrême-gauche. À ses yeux, le Royaume-Uni, lui, "n'agit que comme le factotum des États-Unis, sans aucune autonomie de décision".

Pour éviter l'extradition du fondateur de WikiLeaks aux États-Unis, Juan Branco appelle donc la France et son président à exercer une "pression politique". Selon lui, Julian Assange devrait en effet "faire l'objet d'une récompense de la part de la France".

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"Il a rendu de grands services à la France, en révélant notamment comment étaient espionnées les communications personnelles et professionnelles de nos trois précédents présidents de la République et de leur entourage, et comment toute entreprise française qui participait à des marchés publics à l'étranger était systématiquement pillée dans ses informations par la NSA (le service de renseignement américain ndlr). Par cet acte, qu'il a commis au risque de sa vie, il a probablement permis de sauver des milliers d'emplois", appuie l'avocat.

L'Australien a d'ailleurs un lien spécial avec la France, puisqu'il y a un enfant. C'est aussi là qu'il a créé Wikileaks en 2006, souligne Juan Branco, qui lance un dernier argument : "Les valeurs qui sont celles de cet homme sont celles de notre pays."

"On sanctionne celui qui révèle les crimes, et non pas ceux qui les ont commis"

Le cybermilitant s'était fait connaître en 2008 en révélant une vidéo de l'armée américaine montrant deux photographes de Reuters, tués par un hélicoptère Apache en Irak, puis avec la diffusion de centaines de milliers de messages de bipeurs envoyés aux États-Unis le 11 septembre 2001.

"On sanctionne celui qui révèle les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, et non pas ceux qui les ont commis", s'indigne encore Juan Branco. Et d'adresser un dernier message aux autorités politiques du continent mais aussi aux médias notamment : "Nous sommes tous responsables du fait d'avoir laissé cette personne à l'abandon".

Au-delà de sa condamnation londonienne, Julian Assange a été inculpé aux États-Unis d'association de malfaiteurs en vue de commettre un "piratage informatique". Il a aussi été visé par deux accusations, l'une pour viol et l'autre pour agression sexuelle, en Suède. C'est pour échapper à une arrestation dans ces affaires qu'il s'était réfugié dans l'ambassade d'Équateur le 19 juin 2012. La plainte pour agression sexuelle a été frappée par la prescription en 2015, puis la Suède a abandonné les poursuites dans la deuxième affaire en mai 2017, faute de pouvoir faire avancer l'enquête. À l'annonce de l'arrestation jeudi, l'avocate de la plaignante a réclamé sa réouverture.

Europe 1
Par Thibauld Mathieu