"Nous essayons encore de briser nos chaînes !" : l'Amérique commémore l'abolition de l'esclavage

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Dans le Bronx à New-York, des habitants ont peint "Black Lives Matter" en lettres capitales sur toute la longueur d'une rue. 1:57
Dans le Bronx à New-York, des habitants ont peint "Black Lives Matter" en lettres capitales sur toute la longueur d'une rue. © Xavier Yvon / Europe 1
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Des millions d'Américains ont célébré le 19 juin, date de l'anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Dans un contexte particulier avec une recrudescence des violences policières contre la communauté afro-américaine, Europe 1 s'est rendue dans le Bronx, à New-York où les commémorations se sont déroulées dans une bonne ambiance.
REPORTAGE

Vendredi, presque un mois après la mort de George Floyd et alors que le mouvement antiraciste prend de l'ampleur partout dans le monde, des milliers d'Américains ont commémoré le 155e anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Par des rassemblements festifs ou des marches de protestation, les célébrations du "Juneteenth" (contraction de juin et de 19 en anglais, ndlr) ont traversé l'ensemble du pays, qui a vu ses plaies raciales ravivées ces dernières semaines. À New-York, de nombreux habitants se sont rassemblés pour "célébrer leur libération", certains espérant un jour que le 19 juin devienne une fête nationale.

"Ce jour nous rappelle justement qu’il reste du travail"

Car dans le Bronx, au milieu des barres HLM, le "Juneteenth" est avant tout un jour de fête : il y a de la musique, des food-trucks, et de la joie. "Oui je suis fière d'être noire", dit une vieille femme au micro d'Europe 1. "C’est pour fêter la fin de l’esclavage, mais alors pourquoi avons-nous toujours un système injuste qui nous oppresse ?", demande Emmanuela. "Ce jour nous rappelle justement qu’il reste du travail", répond Karina, une éducatrice du quartier.

"Nous ne sommes pas libres, dénonce-t-elle, nous nous battons encore tous les jours pour notre libération", explique cette habitante du Bronx, qui "pense que l’esclavage est encore ancré dans certaines têtes". "Nous essayons encore de briser nos chaînes ! Les violences policières, par exemple, en quoi c’est si différent des violences des maîtres sur les esclaves ?"

Une statue d'un confédéré abattue à Washington

Cette année sera un tournant, espère l’activiste. Avec le mouvement né après la mort de George Floyd, il y a une attention décuplée portée à "Juneteenth" et de nombreuses actions se sont déroulées dans tout le pays. Dans la capitale, Washington, des manifestants antiracistes ont même abattu dans la nuit de vendredi à samedi l'unique statue d'un général confédéré.

Dans le Bronx quelques heures plus tôt, l'ambiance était plus calme : les habitants organisaient un atelier peinture. L’objectif était de dessiner d'immenses lettres blanches sur le bitume pour former sur toute la longueur de la rue une phrase mainte fois entendue ces derniers jours  : "Black Lives Matter", ou "la vie des Noirs compte", en français.

Europe 1
Par Xavier Yvon, édité par Ariel Guez