L'Ecosse a-t-elle vraiment des chances de devenir indépendante ?

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La Première ministre indépendantiste Nicola Sturgeon verra-t-elle sa stratégie triompher dans les urnes ? (photo d'archives)
La Première ministre indépendantiste Nicola Sturgeon verra-t-elle sa stratégie triompher dans les urnes ? (photo d'archives) © ANDY BUCHANAN / AFP
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Si les Ecossais placent le Scottish National Party (SNP) largement en tête des élections qui doivent renouveler leur parlement, jeudi, Boris Johnson pourrait ne pas avoir d'autre choix que de céder sur la tenue d'un nouveau référendum sur l'indépendance. Mais en raison de la crise sanitaire, celui-ci ne se tiendrait pas immédiatement.
DÉCRYPTAGE

Après le Brexit, le Royaume-Uni est-il au bord de la fracturation ? Jeudi, jour d'élection locales Outre-Manche, tous les yeux seront tournés vers l'Ecosse avec cette crainte. On pourrait en effet assister à l'aboutissement de la stratégie de la Première ministre indépendantiste Nicola Sturgeon : en cas de majorité absolue remportée au Parlement écossais, elle ouvrirait la voie vers un second référendum d'indépendance. 

La pression des urnes plutôt qu'un vote "sauvage"

Même si Boris Johnson ne veut officiellement pas en entendre parler, cette hypothèse, inenvisageable il y a encore deux ans, est beaucoup moins farfelue aujourd'hui. Les choses ont changé grâce à la pugnacité de Nicola Sturgeon, qui s'est rendue irréprochable en ne misant pas sur un référendum "sauvage", comme en Catalogne il y a quelques années, mais sur la pression des urnes. 

Une première étape a été franchie avec le raz de marée aux élections générales, fin 2019. Puis une deuxième avec l'entrée en vigueur du Brexit, haï en Ecosse, début 2020, et qui a encore fait s'envoler les scores des indépendantistes dans les sondages -  autour de 50% désormais. Pour mémoire, le "non" à l'indépendance l'avait emporté à 55% au référendum de 2014.

Le "droit moral à un référendum" reconnu aux Ecossais ? 

Ce référendum était censé valoir pour "une génération", martèle Boris Johnson. Mais l'argument pourra difficilement tenir en cas de nouveau succès du Scottish National Party mardi… "Si le SNP décroche la majorité à lui tout seul, il rééditera son succès d'il y a 10 ans, où le Premier ministre David Cameron avait reconnu que ça leur donnait le droit moral à un référendum", explique au micro d'Europe 1 Sir John Curtice, politologue à l'Université de Glasgow. 

Entendu sur europe1 :
Il y a des gens, au sein-même du parti de Boris Johnson, qui pensent qu'il ne pourra plus dire non

"Comme nous n'avons pas de Constitution écrite, nous nous appuyons sur les précédents", poursuit-il. "Et là, le précédent est clair. Donc il y a maintenant des gens, au sein-même du parti de Boris Johnson, qui pensent qu'il ne pourra plus dire non." 

Les "No to Yes", ces convertis à l'indépendantisme

Si cela a des chances d'arriver, ce n'est pas uniquement à cause du Brexit - six Ecossais sur dix voulaient rester au sein de l'Union Européenne - mais aussi… du Covid-19, qui a dopé les indépendantistes. La Première ministre a en effet rassuré son peuple dans sa gestion et achevé de convaincre ceux qu'on appelle désormais les "No to Yes", ces gens autrefois opposés à l'indépendance, mais qui ont changé d'avis ces derniers mois.

Rencontrés à Édimbourg par Europe 1, Everett et David font partie de ceux-là. Ils estiment que l'Ecosse serait mieux gouvernée par un pouvoir local que sous le joug de Londres. "[Nicola Sturgeon] a mieux géré la pandémie que le gouvernement à Londres", juge Everett, qui a apprécié le courage de la dirigeante. "Même si le confinement n'était pas populaire ici, elle n'en a pas tenu compte au moment d'imposer un confinement et des restrictions plus strictes." "La communication de ce gouvernement et de Nicola Sturgeon était beaucoup plus claire. Donc les restrictions étaient mieux comprises et mieux suivies", appuie David.

Pour Michael, qui dirige la campagne du SNP dans une circonscription clé actuellement aux mains des conservateurs, c'est toutefois le Brexit qui l'avait fait changer d'avis. "On a perdu beaucoup de choses avec le Brexit", considère-t-il. "Avant, on n'avait qu'à montrer notre passeport pour voyager en Europe. Maintenant, on a besoin de visas. On a perdu notre lien de parenté avec nos voisins européens. Nous ne sommes pas différents et je veux partager une identité avec eux."

Pas de référendum avant la fin de la crise sanitaire

Malgré la dynamique positive, la partie est loin d'être gagnée pour les indépendantistes, qui se sont déchirés dans les toutes dernières semaines de campagne, avec le lancement d'un deuxième parti. Les derniers sondages, avant des résultats attendus au plus tôt ce week-end, ne sont donc pas très bons. Et puis, pour de nombreux Ecossais, la priorité reste avant tout la survie économique. Or le coût de l'indépendance pour l'Ecosse a été chiffré à trois fois l'impact du Brexit par une récente étude… 

Entendu sur europe1 :
Qu'en sera-t-il de la popularité de l'option de l'indépendance dans un, deux ou trois ans ?

 

Nicola Sturgeon tente de calmer cette peur en promettant que, si référendum il y a, ce ne sera pas avant que le pays se soit remis de la crise liée à la pandémie. "La question est donc : qu'en sera-t-il de la popularité de l'option de l'indépendance dans un, deux ou trois ans ?", pointe au micro d'Europe 1 Nathalie Duclos, maître de conférence en civilisation Britannique à l’Université de Toulouse et spécialiste de l’Ecosse. 

"Il faut savoir qu'aujourd'hui, il y a un alignement des planètes qui est favorable aux indépendantistes", déroule-t-elle. "Il y a les conservateurs à Londres, Boris Johnson qui est impopulaire, le Brexit qui, pour l'instant, est impopulaire. Mais tout ça, ça peut évoluer. On ne sait pas. Peut être que le Brexit aura finalement un impact économique positif. Et peut être que les conservateurs ne seront pas là dans quelques années."

Europe 1
Par Théo Maneval et Anaïs Cordoba, avec Margaux Lannuzel