Le pape François "n'a pas arrêté d'être violent, depuis le premier jour"

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La formule du pape sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG) suscite la polémique depuis mercredi. Mais pour ces spécialistes du Vatican, François a employé ce langage depuis son accession au Saint-Siège.

LE TOUR DE LA QUESTION

"Se débarrasser d'un être humain, c'est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème." Cette phrase, prononcée par le pape François mercredi lors d'une homélie, a profondément choqué l'opinion publique. Chez Wendy Bouchard jeudi matin, des spécialistes de la religion se sont interrogés sur la violence des propos du souverain pontife, et à laquelle il nous a peu à peu habitués.

Du pontife "moderne" au pape "violent". François a été élu à la tête de l'Eglise catholique le 13 mars 2013, et il est vrai que la première impression sur ce pape argentin fut globalement bonne. "Au début, il a rendu l'Eglise catholique assez sympathique", confirme sur Europe 1 Bernard Lecomte, auteur du Monde selon Jean Paul II, aux éditions Tallandier. Mais rapidement, son discours s'est teinté de formulations chocs. "Il n'a pas arrêté d'être violent, depuis le premier jour", assure le spécialiste du Vatican.

Selon Bernard Lecomte, les exemples foisonnent. En mai 2013, "quand il s'adresse aux évêques italiens, il les traite de 'fonctionnaires paresseux', de 'carriéristes'. Quand il s'adresse aux cardinaux, il les traite de 'mondains' (en juin 2018, ndlr). Au Parlement européen, il s'adresse aux députés et leur dit : 'vous l'Europe, vous êtes une grand-mère stérile' (en mars 2017, ndlr). Quand il s'adresse aux Etats à propos des migrants, il leur dit 'vous transformez la Méditerranée en cimetière' (en novembre 2014, ndlr). Ces images sont toutes violentes", insiste-t-il.

>> De 9h à 11h, c'est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l'émission ici

Un langage violent, propre à son pays natal ? "Quand ça touche les femmes, évidemment, on réagit tous. Mais c'est son vocabulaire, il est comme ça", se résout Bernard Lecomte. Selon le spécialiste, ce langage, cette inclinaison pour la provocation, sont à relier aux origines de François. "Ce pape vient de la banlieue de Buenos Aires, il est habitué à parler comme ça. Quand il emploie ce type de paraboles, on voit bien qu'elles viennent de pays où il y a de la violence", avance-t-il. Pour rappel, avant de succéder à Benoît XVI, Jorge Mario Bergoglio de son vrai nom, était archevêque de Buenos Aires et cardinal.

Le porte-parole de la Conférence des évêques défend le pape

De son côté, le porte-parole de la Conférence des évêques de France, Vincent Neymon, ne dément pas le caractère choquant de la formule du pape sur l'IVG. Mais il réfute son intention de vouloir culpabiliser les femmes qui ont fait, font ou feront ce choix. "Oui, il s'érige violemment contre l'avortement. Il est dans son rôle, avec sa manière particulière de pape argentin qui nous dérange, qui nous surprend, et qui nous fait avancer", argumente-t-il. Vincent Neymon déclare même : "J'assume complètement, en tant que porte-parole de la Conférence des évêques de France, les propos du pape. Je pense qu'il a raison de trouver des moyens qui peuvent être dérangeants pour réveiller les consciences sur l'énorme gravité que constitue l'avortement."

En France, en 2017, environ 216.000 avortements ont été réalisés, un chiffre stable par rapport à l'année précédente, selon une étude de la Drees. Pour rappel, l'avortement est légal en France depuis la loi Veil de 1975. Pour plus d'informations, un numéro de téléphone anonyme est disponible : 0 800 08 11 11