Les propos du pape sur l'IVG sont la marque de "l'éternelle et épaisse misogynie" de l'Eglise catholique

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Pape François 1280 Tiziana FABI / AFP
© Tiziana FABI / AFP
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"Se débarrasser d'un être humain, c'est comme avoir recours à un tueur à gages pour résoudre un problème", a déclaré mercredi le pape François. Des propos qui n'ont pas manqué de faire réagir notre éditorialiste Jean-Michel Aphatie.

EDITO

>> Le pape François a comparé mercredi l'interruption volontaire de grossesse (IVG) au recours à "un tueur à gages", dans son homélie prononcée lors de sa traditionnelle audience sur la place Saint-Pierre. Dans son édito, jeudi matin sur Europe 1, Jean-Michel Aphatie a fustigé le discours profondément misogyne de l'Eglise catholique.

"Le pape parle aux catholiques comme il leur a toujours parlé. Il n'y a rien de neuf dans la formule du pape. Mais profitons-en pour analyser le fond de la pensée de l'Eglise catholique aujourd'hui. Pour la clarté du raisonnement, il faut écarter la violence : "recourir à l'IVG, c'est convoquer un tueur à gages". Ça, c'est de la forme. Mais c'est le fond qui est intéressant.

Que dit le pape ? Il dit que les femmes ne savent pas réellement ce qu'elles font. Parce que si elles avaient conscience d'accomplir un crime, elles n'auraient évidemment pas recours à l'IVG. Cette absence de conscience des femmes est une constante dans l'Eglise catholique, comme dans beaucoup de religions. Quand Eve croque dans la pomme et va plonger l'humanité dans l'abîme, elle ne sait pas ce qu'elle fait.

Ce que l'on voit dans la phrase du pape, c'est l'éternelle et épaisse misogynie commune à beaucoup de religions. Mais comme nous sommes le 11 octobre 2018, on peut s'adresser à l'Eglise catholique et demander si cette misogynie est une fatalité. L'Eglise peut-elle évoluer sur ce point ? Pourra-t-elle un jour considérer les femmes comme des êtres intelligents, doués de raison, et capables de discernement ? C'est ce défi qui est devant l'Eglise.

L'IVG, qu'est-ce que c'est ? C'est le droit reconnu récemment aux femmes de donner la vie quand elles le veulent. Revenir sur ce droit, c'est enfermer à nouveau les femmes dans leurs corps. Elles en étaient prisonnières et l'IVG les a libérées. Si on les enferme à nouveau, on rétablit cette inégalité physiologique qui a légitimé la domination des hommes sur les femmes depuis les origines de l'humanité.

Avec ce retard, l'Eglise se coupe des populations occidentales dont elle prétend diriger les âmes. C'est la cause du déclin de l'Eglise, et il est irrémédiable. L'Eglise disparaîtra si son dirigeant continue de chausser de vieilles lunettes, le mercredi matin, place Saint-Pierre à Rome."