Jean-François Colosimo 4:12
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Manon Fossat , modifié à
Sur Europe Matin mercredi, l'essayiste Jean-François Colosimo, spécialiste de la Russie, est revenu sur la guerre en Ukraine et a estimé qu'"il y a des mémoires blessées des deux côtés" et que Vladimir Poutine a poussé à "une guerre fratricide". Pour le théologien, il s'agit d'une "affirmation solitaire de volonté de puissance".

L'invasion militaire russe en Ukraine a été lancée il y a maintenant quatorze jours. Invité sur Europe Matin mercredi, l'essayiste, théologien et spécialiste de la Russie et du monde orthodoxe, Jean-François Colosimo, est revenu sur ce conflit et sur la position du président russe. Il a estimé que Vladimir Poutine a initié une "guerre fratricide".

"L'affirmation solitaire de volonté de puissance"

"Poutine a préparé l'invasion par l'interdiction, l'arrestation et l'emprisonnement de toutes les voix dissidentes en Russie. C'est une hécatombe", a-t-il estimé. "Il y a des législations particulières, par exemple aujourd'hui il est interdit de dire le mot guerre, vous risquez jusqu'à 15 ans de prison."

Il a notamment fait référence à "une blague" qui court en Russie. "Ce qui se dit aujourd'hui à Moscou, c'est que bientôt on va retirer Tolstoï des librairies et réimprimer Guerre et Paix en disant 'Opération spéciale et paix'. Donc nous sommes quand même face à une maximalisation du mal, qui est cette affirmation solitaire de volonté de puissance, accompagnée de menaces nucléaires qui bouleversent l'ordre du monde", a poursuivi Jean-François Colosimo. 

"Un saut dans le vide" de Poutine

Selon lui, il n'y a aucun logique dans l'action de Vladimir Poutine. "Il est en train de perdre, c'est un suicide. Il arrive au résultat inverse de ce qu'il voulait", a encore jugé le spécialiste de la Russie, qui a ensuite livré son analyse sur le président russe. "Il y a la crainte sur sa propre vie, la crainte d'être renversé, on émet également l'hypothèse d'une maladie de type neurodégénérative. Il y a la volonté de solidifier son héritage avant d'obliger son successeur et puis il a vu une fenêtre de tir parce que Biden ne paraissait pas très fort à Washington, Johnson était empêtré à Londres, Merkel partait et la France entrait en campagne présidentielle."

 

Pour l'essayiste, le président russe a en effet profité de la situation. "C'est ce qu'il fait depuis 22 ans et il a marqué des points considérables par rapport à la réalité de la Russie qui est un géant nucléaire mais un nain économique [...] Mais là c'est un saut dans le vide."