Syrie : à Idleb, "des familles entières vivent dans le désespoir"

  • A
  • A
Un groupe de déplacés, le 14 février 2020. Depuis décembre, l'armée syrienne mène des offensives dans le nord-ouest du pays. 4:09
Un groupe de déplacés, le 14 février 2020. Depuis décembre, l'armée syrienne mène des offensives dans le nord-ouest du pays. © Rami al SAYED / AFP
Partagez sur :
Au micro d'Europe 1, Firas Kontar, juriste Franco-syrien et opposant au régime de Bachar al-Assad, revient sur les conditions de vie dans la province d'Idleb, à l'ouest d'Alep, où les troupes syriennes mènent des offensives depuis décembre. Selon lui, "la situation humanitaire est peut-être à un point qui n’a jamais été atteint en neuf années de conflit".
INTERVIEW

Depuis décembre, le pouvoir de Bachar al-Assad, appuyé par la Russie dans les airs, a repris son offensive dans le Nord-ouest syrien contre l'ultime grand bastion des djihadistes et des rebelles, malgré les avertissements du voisin turc. Au micro d'Europe 1, Firas Kontar, juriste Franco-syrien et opposant au régime de Bachar al-Assad, dénonce une situation "catastrophique" dans la province d'Idleb. Selon les informations qu'il a recueillies auprès de Syriens sur place via Whatsapp, "le peu d’actions humanitaires n’arrivent plus à répondre aux besoins énormes des populations".

"Le flux de réfugiés entraîne une saturation des routes et la logistique est à deux doigts de lâcher", explique Firas Kontar. "On a des enfants qui sont morts cette nuit dans le froid et des familles entières qui vivent dans le désespoir. La situation humanitaire est peut-être à un point qui n’a jamais été atteint en neuf années de conflit en Syrie", affirme-t-il.

"Ces gens ont été déplacés pour à la fin leur dire que s’il y a des djihadistes, on va les bombarder"

Appuyé par l’aviation russe, le régime de Bachar al Assad cible des villages avec comme prétexte le fait qu'ils seraient les derniers bastions djihadistes de la région, mais il s'agit également de reconquérir le territoire national. Et la Turquie et ses alliés rebelles tentent d'entraver l'avancée du régime, qui contrôle désormais près de la moitié de la province d'Idleb.

"On dit qu’il y a peut-être 20.000 djihadistes à Idleb, mais se pose-t-on la question des quatre millions de Syriens qui y vivent ? [...] Ces gens ont été déplacés pour à la fin leur dire que s’il y a des djihadistes, on va les bombarder. Mais dans quelle situation on a mis ces pauvres gens !" dénonce Firas Kontar. 

"Une stratégie de crime contre l'humanité"

Interrogé sur le bombardement des hôpitaux en Syrie, Firas Kontar est revenu sur les enquêtes du New York Times "très poussées", selon lui, avec l’enregistrement de pilotes qui ont été dévoilés, prouvant que les hôpitaux ont été la cible de l’aviation russe. "On comptabilise plus de 60 bombardements en 2019 contre des infrastructures médicales en Syrie", rappelle-t-il. "Ce n’est pas seulement quelques attaques. On a une stratégie de crime contre l’humanité et on avance dans cette stratégie-là".

Europe 1
Par Ariel Guez