Brexit : quelles seraient les conséquences économiques et sociales d'un "no deal" ?

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Sauf surprise, les parlementaires britanniques devraient rejeter l'accord sur le Brexit, ce qui entraînerait une sortie de l'Europe sèche, dès le 29 mars pour la Grande-Bretagne. Et les conséquences pour l'économie pourraient s'avérer dramatiques.
ON DÉCRYPTE

L’avenir de la Grande-Bretagne est entre les mains de ses députés. Les parlementaires britanniques votent mardi soir et doivent se prononcer sur l’accord sur le Brexit, négocié par Theresa May avec Bruxelles. Tous les spécialistes s’attendent à ce qu’il soit rejeté.

"No deal" signifie une sortie de l'Europe sèche, le 29 mars. Un "no deal" (pas d'accord) signifierait une sortie sèche de l'Europe, dans deux mois et demi, le 29 mars. L’accord, qui va probablement être rejeté, lui, prévoit une période de transition de deux ou trois ans, pendant lesquels rien ne changerait. Mais sans accord, Le Royaume-Uni perd brutalement tous les avantages liées à l’Union. En clair, c’est le retour de la frontière, de la douane, et des droits à payer qui vont avec.

Et cela impacterait toute l'économie britannique puisque la Grande-Bretagne a massivement recours aux importations : 50.000 tonnes de nourriture par jour plus les médicaments. Et plus de la moitié - 53% - proviennent de l’Union européenne. Il faut ajouter à cela les droits de douanes. Résultat, les prix de la vie quotidienne vont forcément augmenter.

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La police craint des troubles en cas de pénurie. Les experts de la Banque d’Angleterre font un topo effrayant. Selon eux, il faudrait s'attendre à une inflation aggravée par l’effondrement de la livre sterling, qui perdrait un quart de sa valeur et une remontée en flèche du chômage. Le PIB pourrait chuter de 8%. Voila le scénario du pire. La principale organisation patronale estime que des milliers d'emplois sont menacés. La police, elle, avance des risques de troubles et conseille aux commerçants de renforcer leur sécurité, par crainte de pénuries.

Une situation à laquelle les Anglais ne se préparent pas depuis très longtemps. Theresa May a officiellement lancé les préparatifs juste avant Noël, et débloqué deux milliards d’euros, notamment pour les douaniers. Dans les entreprises en revanche, on y pense depuis plus longtemps. Le problème pour ce fabriquant de vélo dernier cri, Brompton, où s'est rendu le reporter d'Europe 1, c'est que les matières premières viennent de l'étranger.

"On se prépare au pire des scénarios." Le patron, Will Butler, a décidé de faire des stocks. "On se prépare au pire des scénarios. Le plus gros problème, ce serait de manquer de matières premières. Ça va être le chaos. Alors on a investi un million de livres pour acheter des pièces. On en a pour huit semaines d’avance, au lieu de quatre d’habitude. C’est une assurance. Comme ça, on est sûr de pouvoir continuer à fabriquer nos vélos", explique-t-il sur Europe 1.

Mais toutes les entreprises ne peuvent pas faire cela. Par exemple dans l’automobile, le groupe BMW a déjà annoncé qu’il préférait fermer son usine qui fabrique la Mini pendant un mois, plutôt que de risquer des difficultés d’approvisionnement. Même inquiétude chez Toyota, Jaguar Land Rover qui réfléchissent à terme à déménager leurs usines.

Risque de bouchons entre Douvres et Calais. Le risque est que cela devienne plus compliqué et plus long pour les marchandises de traverser la Manche, avec le retour des contrôles douaniers. Et personne ne sait comment ça va se passer entre Douvres et Calais. Aujourd’hui, il y a 10.000 camions qui traversent quotidiennement. C’est fluide. Demain, vous rajoutez ne serait-ce que deux minutes de formalités par camion, vous avez immédiatement un bouchon monstre de 50 kilomètres et jusqu’à six jours d’attente. Et le seul test qui a eu lieu c’était la semaine dernière, mais avec seulement 89 participants !

Le directeur de l’association des transporteurs routiers, Rod McKenzie, en est affligé : "Si vous avez 10.000 camions par jour, comment vous voulez qu’un test soit pertinent avec seulement 89 véhicules ? Franchement, j’aimerais bien en rire si ce n’était pas aussi tragique. Nous n’avons aucune confiance à ce stade, on est très inquiet. La préparation du no deal est beaucoup trop tardive. Et si la chaîne d’approvisionnement est rompue, ça va être un désastre pour l’économie."

Certains députés assument les conséquences de leur vote. Et c'est en toute connaissance de cause que les députés s'apprêtent à rejeter l'accord. Mais il y en a une partie qui joue une autre carte et espère que tout cela conduira carrément à l'annulation du Brexit. Mais les conservateurs les plus durs, comme Boris Johnson, assument parfaitement ce scénario que l’on vient de décrire. Selon eux, tout cela ne sera que passager et à la fin, le Royaume-Uni s’en sortira bien mieux.

Europe 1
Par Sébastien Krebs, édité par Grégoire Duhourcau