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avec AFP / Crédit photo : Alberto PIZZOLI / AFP , modifié à
Lors d'une messe devant 10.000 fidèles à Venise, le pape François a mis en garde contre les risques du surtourisme sur l'environnement. Une déclaration qui intervient quelques jours après que la Cité des Doges a instauré une entrée payante pour les touristes à la journée.

Un nouvel appel à l'"attention pour notre maison commune" : le pape François, 87 ans, a mis en garde dimanche à Venise contre l'impact du surtourisme sur l'environnement lors d'une messe devant 10.000 fidèles sur la place Saint-Marc. Avec ce premier déplacement hors de Rome en sept mois, le pape a rassuré sur son état de santé et sa pleine capacité à assurer sa charge, quelques semaines après un accès de fatigue ayant suscité l'inquiétude à Pâques.

Sous le soleil, Jorge Bergoglio, apparu souriant et en bonne forme, a honoré un programme chargé : après une visite dans une prison pour femmes et un discours devant de jeunes Vénitiens, il a rejoint la place Saint-Marc via un pont éphémère sur le Grand Canal, escorté par une nuée de gondoles voguant sur la lagune.

 

Citant la "beauté enchanteresse" de la Cité des Doges, François - qui a fait de l'écologie une cause centrale de son pontificat - a énuméré les "nombreux problèmes qui la menacent", dont le changement climatique, "la fragilité du patrimoine culturel" et le surtourisme. "Venise ne fait qu'un avec les eaux sur lesquelles elle se trouve, et sans le soin et la protection de ce cadre naturel, elle pourrait même cesser d'exister", a-t-il mis en garde dans son homélie.

Une déclaration qui résonne avec l'actualité : la ville classée au patrimoine mondial de l'Unesco vient d'instaurer une entrée payante de cinq euros pour les touristes à la journée afin de désencombrer ses étroites ruelles et ponts enjambant les canaux les jours de plus grande affluence.

"Ne lâchez rien"

Comme à son habitude, le chef de l'Église catholique a béni les fidèles à bord d'une "Papamobile" originale, une petite voiture de golfe blanche frappée du blason du Vatican, sous les acclamations de la foule. Le pape était arrivé tôt dimanche à bord d'un hélicoptère dans la cour de la prison de l'île de la Giudecca, qui abrite le pavillon du Saint-Siège à la 60e Biennale d'art contemporain de Venise, François a longuement salué une par une les 80 détenues.

Dans cet ancien couvent accueillant des femmes condamnées à de longues peines, l'évêque de Rome, sensible à la place des marginalisés et à l'univers carcéral, a exhorté à offrir aux détenus "des outils et des espaces de croissance humaine, spirituelle, culturelle et professionnelle". "La prison est une dure réalité, et des problèmes tels que la surpopulation, le manque d'installations et de ressources, les incidents violents, y génèrent tant de souffrances. Mais elle peut aussi devenir un lieu de renaissance", a-t-il déclaré. "Courage, et en avant ! Ne lâchez rien", a lancé le pape après avoir reçu en cadeau des produits confectionnés par les détenues dont plusieurs sont apparues émues.

À l'écart des projecteurs et de la foule, le pavillon du Saint-Siège, l'un des plus en vue de la prestigieuse manifestation d'art inaugurée la semaine dernière, propose aux visiteurs une expérience immersive et déroutante, où les œuvres côtoient les barbelés. Devant les artistes ayant participé à l'exposition et des responsables du monde culturel, Jorge Bergoglio a insisté sur le rôle de l'art pour lutter contre "le racisme, la xénophobie, l'inégalité, le déséquilibre écologique".

Nouveaux déplacements

En milieu de matinée, le pape s'était aussi exprimé devant 1.500 jeunes rassemblés face à l'emblématique basilique Santa Maria della Salute. "Quittez votre téléphone portable et allez à la rencontre des gens !", leur a-t-il lancé. Après un temps de recueillement dans la basilique Saint-Marc, François est rentré au Vatican en début d'après-midi.

Après Paul VI (1972), Jean Paul II (1985) et Benoit XVI (2011), François est le quatrième pape à se rendre à Venise. Après ce déplacement, le jésuite argentin doit effectuer deux autres voyages dans le nord de l'Italie, à Vérone en mai et à Trieste en juillet. Depuis sa visite à Marseille (France) en septembre 2023, Jorge Bergoglio n'avait plus voyagé. Une bronchite l'a contraint à annuler son voyage à Dubaï en décembre et son état général, de plus en plus fragile, à éviter les déplacements. Cela n'a pas empêché le Vatican d'annoncer un ambitieux voyage du pape aux confins de l'Asie et de l'Océanie début septembre, le plus long du pontificat, qui s'annonce comme un défi physique de taille.